Mais quel rapport entre l’intégration supranationale européenne et le réveil de forces centrifuges dans ses pays membres me dira-t-on ? Si les Italiens du nord, les Flamands de Belgique et maintenant les Catalans – laissons de côté les Ecossais qui constituent un cas à part -, veulent se séparer d’une mère-patrie dans laquelle ils ne se reconnaissent plus, Bruxelles et les fédéralistes européens n’y sont pour rien !

D’ailleurs, la Commission européenne n’a-t-elle pas prévenu avant les élections de Catalogne qu’une entité séparatiste devenue indépendante ne pourrait invoquer juridiquement aucune appartenance automatique à l’UE et qu’il lui faudrait se plier à un processus d’adhésion ordinaire – suspendu, donc, à l’accord unanime des pays-membres ?

Apparemment, donc, l’UE n’est pour rien dans le foisonnement des micro-nationalismes qui perturbent depuis quelques années déjà le paysage étatique européen. Apparemment seulement…

Premier indice : la prise de position de Bruxelles en faveur du statu quo ne fait nullement mention d’aucun attachement au principe d’intangibilité des frontières étatiques en Europe, pas plus qu’à leur légitimité historique ni au danger d’y toucher. Même chose pour ce qui concerne son attitude de Ponce Pilate quant à la perspective d’une adhésion éventuelle de ces nouvelles entités : Bruxelles n’exprime pas de préférence explicite pour l’intégrité de ses pays membres actuels, ce qui constitue un aveu.

Car en réalité, si l’Europe de Bruxelles ne veut pas être accusé de jeter trop ostensiblement de l’huile sur le feu des séparatismes régionalistes, n’ayant pas encore acquis assez de poids face aux Etats-nations, sa politique de soutien à « l’Europe des régions » démontre clairement, et depuis très longtemps, qu’elle y est en réalité très favorable.

De quoi s’agit-il ? D’une vision future du continent dont l’organisation institutionnelle reposerait essentiellement sur l’échelon européen et sur celui de grandes régions aux larges prérogatives, qui ne seraient plus que formellement soumises au cadre national-étatique tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Des descendants de la famille des Habsbourg, les empereurs de l’Autriche-Hongrie, visiblement inconsolables de la perte de leur couronne, sont très activement impliqués dans ces conciliabules bruxellois, aux côtés d’une foule de représentants de régions d’Europe, en particulier celles des anciennes provinces du Saint-Empire romain germanique visiblement nostalgiques de l’ère pré-nationale.

Des cartes circulent, où l’organisation territoriale de l’Europe est complètement chamboulée, avec par exemple la suppression de toute référence à la France, remplacée par d’immense régions – dont les contours, ô hasard, ne sont pas toujours étrangers au redécoupage décidé par Manuel Valls il y a quelques mois…

Bruxelles et les fédéralistes veulent la peau des Etats-nations, bien plus encore qu’ils souhaitent sincèrement l’avènement d’une Europe fédérale qu’ils sont en réalité incapables de définir sérieusement et qui n’est donc entre leurs mains qu’un instrument de destruction. De destruction de l’Europe de la Révolution française, porteuse de modernité quoi qu’ils en disent, ce afin de restaurer l’Europe d’avant, celles des régions, des fiefs, des potentats et des roitelets, soumis à quelques grands personnages censés garantir l’unité et la stabilité du tout.

La France doit combattre ce péril qui la menace directement dans son essence, dans son projet républicain et national. Le comité des Régions doit disparaître et l’UE doit, enfin, être refondée autour de ses nations, seul cadre effectif de la vie démocratique, du développement humain et de la modernité.