Dans le cadre des cérémonies du centenaire, ce passionné d'Histoire locale préparait une exposition et souhaitait en savoir plus sur le pilote et le mitrailleur miraculeusement sortis indemnes de leur avion en flamme écrasé sur la commune.

Grâce à Dominique Lacorde, j’ai relu le journal de mon grand-père, et les souvenirs des repas partagés avec lui jusqu'à sa mort en 1974, j’avais 13 ans à l’époque, sont revenus à ma mémoire.

Je me souviens comment, à la table familiale, j’étais captivé par ses récits de combats aériens au dessus de Verdun ou lors de l’expédition de Salonique en 1916.

Grâce à cette exposition organisée par ce petit village de 48 habitants de la Meuse, tout un passé a ressurgi. Toute une époque aussi à la fois si proche et si lointaine.

Proche car la transmission a pu être orale comme en témoigne le récit de mon cousin aviateur lui-même, qui avait en 1969 (plus de 50 ans plus tard) emmené en avion de tourisme notre grand-père pilote au dessus des terres de ses exploits aériens.

Lointaine aussi tant les évènements racontés paraissent extraordinaires au sens propre du mot.

Dans son journal, mon grand-père raconte avec un détachement, un recul et une modestie incroyables, des actes d'héroïsme qui feraient le bonheur de metteur en scène hollywoodien.

Comment il a été sélectionné pour devenir pilote en septembre 1914, lui, simple sergent en charge du parc automobile d’une division près de Versailles.

Comment, en moins de 4 mois, il a appris à piloter à Pau des avions de reconnaissance dont la fragilité était visible au premier coup d’oeil.

Comment ensuite, il est passé de simple mission d'observation des lignes ennemies) à des missions de combats aériens (Il me racontait qu’il était d’usage de saluer le pilote adverse quand ils se croisaient dans les airs ! )

Quelle était la vie incroyable de ces chevaliers du ciel dont la plupart furent tués entre 1916 Et 1918 !

Enfin, comment Il réussirent avec son mitrailleur à monter chacun sur une aile agrippés aux haubans pour équilibrer l’avion quand leur moteur touché par les balles allemandes pris feu et comment ensuite au dernier moment, il revint prendre les commandes dans un poste de pilotage entouré de flammes pour pouvoir poser l’avion

et en réchapper miraculeusement !

Il fut ensuite fait prisonnier et passa la fin de la guerre dans un camp allemand.

Sa bravoure ne s’arrêta d ailleurs pas là car sans jamais en parler, il aida la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Je suis ému aujourd'hui de me rendre dans ce village saluer les organisateurs de cet hommage inattendu. Un immense merci à Monsieur le Maire, aux élus et aux habitants de Gesnes-en-Argonne.

Se retrouver un siècle plus tard sur le lieu même ou son grand-père a failli périr pour servir sa patrie est un cadeau de la vie.

On ne sera jamais assez grand au regard du sacrifice de ces millions de Français qui par amour de leur Nation et de ses valeurs ont donné ou risquer leur vie.

Puisse d’ailleurs le courage de ces combattants, leur désintéressement, servir d‘exemples aux jeunes générations qui devront, si elles veulent rester libres, savoir et pouvoir affronter les menaces d'aujourd'hui