Selon Zucman, pas moins de 8% du patrimoine financier mondial est dissimulé dans des paradis fiscaux. Ce pourcentage s’élève à 12% au sein de l’Union Européenne.

Pire encore, 50% du montant des fraudes est détenu par seulement 0,001% de la population mondiale !

Nous sommes donc très loin de l’artisan du coin ou du travailleur lambda qui essaie d’améliorer son ordinaire avec quelques entorses. La fraude fiscale internationale concerne une véritable mafia d’hyper-privilégiés, très riches et puissants, capables de jouer avec toutes les faiblesses des Etats.

Aussi, ce phénomène concerne si peu de monde et des flux financiers très importants qu’il serait tout à fait possible pour les Etats de les surveiller s’il y avait une vraie volonté politique ! C’est tout le paradoxe soulevé par Gabriel Zucman : des personnes aussi fortunées et visibles devraient techniquement être surveillées de très près par le fisc.

Grâce à leurs moyens financiers, ces fraudeurs peuvent s’offrir ce que Zucman appelle une « industrie de conseillers, d’avocats et de banquiers qui perçoivent des commissions élevées » afin d’échapper aux sanctions.

Par ailleurs, l’évasion fiscale ne se limite pas à une poignée de richissimes financiers. Elle s’étend aux multinationales. Selon le rapport « World Inequality Report 2018 », 40% des profits des multinationales sont déclarés dans ces pays où la fiscalité est quasi nulle. Par exemple, Google a réalisé 20 milliards de bénéfice aux Bermudes en 2016.

Cette situation implique une baisse considérable du niveau de vie des classes moyennes et populaires. En effet, ce que les grands groupes ou grosses fortunes ne paient pas doit être compensé par une augmentation de l’impôt sur le reste de la population. Cela renforce les inégalités puisque cette taxation injuste appauvrit l’ensemble de la population et favorise les plus riches.

Or ces mêmes multinationales sont de grandes consommatrices de services publics et d’investissements financés par le contribuable : formation, propriété intellectuelle, réseaux de communication, système financier… tous ces services ont un coût que les multinationales ne paient pas !

Gabriel Zucman propose des solutions pour lutter concrètement contre la fraude, en particulier le fait de taxer les multinationales non pas sur le lieu où elles enregistrent en trichant leurs profits mais selon le lieu où se trouve leur client ! Ainsi Google devrait payer ses impôts sur la part du chiffre d’affaire fait en France avec des clients français. C’est une réforme simplissime qui changerait tout !

Ces réformes sont demandées par les citoyens qui comprennent bien, même aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, que le pouvoir d’achat est fragilisé par les taxes qu’ils paient à la place des oligarques et des firmes.

L’évasion fiscale est l’un des aspects inévitables de la mondialisation forcenée mais il est possible de la combattre et de récupérer notre juste part de l’argent public si des dirigeants compétents et courageux prennent le pouvoir !