La France, dindon de la farce de ce véritable guet-apens libre échangiste, est hélas la variable d'ajustement toute désignée de ce grand marchandage : elle y a perdu des centaines de milliers d'emplois industriels et son déficit commercial, rien que vers la Chine, s'élève à près d'une trentaine de milliards d'euros par an. Pire, au lieu de défendre les intérêts du pays, nos gouvernants (une mention toute spéciale pour Jean-Pierre Raffarin !) ont foncé tête baissée dans la fable de la "mondialisation heureuse", encourageant les délocalisations et favorisant des OPA hostiles contre nos propres entreprises !

Dictature communiste qui utilise toutes les armes à la fois de l'économie administrée et de la dérégulation la plus sauvage, la Chine ne prend pas de pincettes pour parler de la France, qualifiée de... "pays femelle"(comme le rapporte Jean-Vincent Brisset de l'IRIS), pour signifier - et avec quelle élégance ! - sa propension à être la perdante de la guerre économique qui fait rage.

Mais les choses sont en train de changer, même les Allemands commencent à l'apprendre à leurs dépens. En effet, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, la Chine change peu à peu de stratégie, misant désormais sur sa consommation intérieure et l'acquisition d'entreprises occidentales pour assurer sa montée en gamme dans des produits et des activités de haute valeur ajoutée. c'est bien entendu la clé d'une domination économique qu'elle n'entend nullement cantonner à son hégémonie sur le marché des t-shirts. Elle achète à tour de bras des fleurons étrangers, jusqu'en Allemagne, qui subit à son tour des OPA hostiles.

Mais, contrairement à son homologue français qui a laissé racheter sans coup férir l'aéroport de Toulouse, le gouvernement allemand a aussitôt durci le ton face à Pékin et bloque l'achat de ses entreprises jugées stratégiques. Arroseur arrosée, elle ne craint pas de mettre en péril l'activité de ses nombreuses filiales présentes en Chine à travers une crise commerciale parfaitement assumée.

C'est la preuve qu'en cette matière il faut avant tout savoir faire montre de fermeté, tout signe d'atermoiement ou de conciliation excessive étant perçu par l'adversaire comme une faiblesse à exploiter. C'est la ligne commerciale que je défends dans la campagne présidentielle naissante : oui aux échanges commerciaux, mais maîtrisés et équilibrés par le principe du commerce juste, par le respect de l'intérêt général. Intérêt des Français bien sûr, mais aussi intérêt des producteurs des pays émergents, dont la précarité et la faiblesse des salaires actuelles ne leur permettent pas d'accéder à des conditions de vie décentes.

Notre pays ne peut plus admettre des déficits commerciaux de plusieurs dizaines de milliards d'euros vers tel ou tel pays, à cause d'une concurrence - économique, sociale et environnementale - parfaitement déloyale et suicidaire pour lui. La règle reine doit être la réciprocité et la loyauté des conditions de l'échange. Comme les Allemands, défendons quoi qu'il en coûte nos fleurons nationaux, laissons l'Etat stratège et garant des intérêts supérieurs du pays mobiliser les moyens adéquats pour empêcher les abus ! Je propose par exemple de créer des écluses économiques, sociales et environnementales qui permettront puissamment d'y contribuer.

La France se meurt depuis quinze ans de saignées libres échangistes qui ne lui valent que déclin et mépris. Il est plus que temps de changer de médecin et de thérapie !