Malgré des avancées lentes, les négociations avancent. La Corée du Nord a d’ailleurs fait une offre historique : envoi d’experts internationaux sur les sites nucléaires, arrêt de tout essai balistique ou nucléaire, possibilité d’engager un processus de dénucléarisation. En échange, les Etats-Unis devraient soutenir un processus de retrait des sanctions de l’ONU contre la Corée.

Ce discours nous enseigne deux choses : la situation de la Corée du Nord n’a jamais été aussi propice à des négociations de paix et la situation en Corée du Nord est probablement très sensible économiquement. Après ses derniers essais nucléaires, l’ONU a renforcé les sanctions et la Chine, alliée de la Corée du Nord, a décidé d’y participer. Ce retournement de situation a dû probablement affaiblir la Corée du Nord qui pourrait être en situation de pénurie. Ici, c’est le conditionnel qui s’impose parce que justement, la Corée du Nord ne délivre ni chiffres fiables et verrouille toujours l’accès à son territoire. Mais le gouvernement de Corée du Sud ainsi que l’ONU soupçonnent des risques de pénurie alimentaire.

Quoiqu’il en soit, le dialogue est présent, constructif. On note que Donald Trump et Kim Jung-Un ne passent plus leur temps à s’envoyer des noms d’oiseaux ou à comparer puérilement la taille de leur arsenal nucléaire. Au contraire, Donald Trump soutient, tout en restant exigeant comme on l’a vu avec le sommet de Singapour, ce processus de paix. Il faut reconnaître que les intérêts des Coréens coïncident avec les intérêts Américains : La Corée du Nord veut voir l’étau des sanctions se desserrer, le Sud voit dans le Nord un nouveau marché économique, les États-Unis veulent sécuriser la Corée pour se concentrer sur l’Iran. Au niveau régional, cela permettrait de stabiliser et d’apaiser un peu la mer de Chine et de relancer le dialogue.

Dans toute cette affaire, deux absentes : l’Union Européenne et la France. Alors, on pourrait se demander ce qu’ils ont à voir. L’Union Européenne reste l’un des principaux partenaires de la Corée du Sud et a été l’un des principaux défenseurs des sanctions contre la Corée du Nord. Or, depuis le début du dialogue, « l’anti-trumpisme » a poussé à un scepticisme des européens qui aurait pu être justifié s’il n’avait pas conduit l’UE à s’exclure de fait des discussions. Quant à la France, nous sommes pourtant légitimes puisque nous sommes la troisième force nucléaire au monde et que certains territoires Français se trouvent dans le rayon d’action potentiel de certains missiles balistiques Nord-Coréens. Mais c’est oublier le triste constat que la France n’a plus de politique asiatique. Pourtant la France est l’un des rares pays d’Europe à avoir une relation de longue date avec l’Asie ayant, dès le Moyen-âge, des contacts avec des pays d’Asie. En 1249, le roi Saint-Louis envoyait André de Longjumeau en ambassade dans la cité mère de l’Empire Mongol, ville de Gengis Khan, Karakorum. Il y eu même des tentatives d’alliance notamment avec Philippe Le Bel. Ainsi, nos rois Capétiens avaient, au XIIIème siècle, une politique asiatique.

Cette absence est une erreur stratégique dans un monde où le centre de gravité des décisions se déplace vers l’Asie, où l’essentiel de la croissance se fait en dehors de l’UE, où l’heure est à la coopération entre les puissances émergentes et à la compétition technologique. En renommant le Quai d’Orsay « Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères », Emmanuel Macron se voulait plus européen que l’UE, il a juste acté, symboliquement, l’enfermement de la troisième diplomatie la plus influente au monde dans l’UE vieillissante et en pleine crise. Pendant que la France débat de l’affaire Benalla ou s’occupe de pousser l’UE à des réformes dont personne ne connaît le contenu et dont personne ne veut, le monde, comme le disait Galilée, il tourne.

Et si la France ne connaît pas un sursaut avec une nouvelle classe politique qui décide, dirige et met en place une politique étrangère, de développement et de coopération avec les pays émergeants, le monde tournera sans nous.