Bien sûr, afin d’en minimiser la portée, la hiérarchie s’est empressée de porter ces suicides, sans lien entre eux, sur le compte de situations personnelles difficiles. L’enquête dira, néanmoins, ce qu’il faut en penser. En attendant, ces événements dramatiques ne peuvent que jeter une ombre supplémentaire sur le profond désarroi que vivent les policiers et gendarmes dans notre pays.

Les données de la problématique sont connues : de moins en moins de moyens pour cause de pingrerie budgétaire et, en contrepoint, une priorisation démagogique des missions, mettant l’accent sur de « belles » statistiques d’élucidation - ce qui pousse à la répression d’infractions mineures du code de la route au détriment des investigations plus lourdes - et une politique d’amende soutenue que certains automobilistes en colère assimilent à du racket.

Le résultat de cette politique scandaleuse ne s’est pas fait attendre : aux 10 000 postes de policiers et gendarmes supprimés depuis 5 ans a répondu une forte augmentation des atteintes aux personnes et des cambriolages, tandis qu’une exaspération parfaitement légitime poussait les agents à des mouvements de grogne, voire des grèves, d’ampleur inédite.

Disons-le tout net : les belles promesses du candidat Sarkozy s’appuyant sur un bilan très exagéré de son passage au ministère de l’Intérieur, sont très loin d’être au rendez-vous cinq ans plus tard. Encore une fois, ce sont les moyens de ce service public régalien qui auront été karchérisés plutôt que les caïds.

Les Français sont tout à fait conscients de ce manquement, de cette faute, aux conséquences très lourdes, qu’ils sont prêts à faire payer comptant, l’année prochaine, au principal intéressé.

Mais sait-on que l’ensemble des économies annuelles réalisées par cette fameuse Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), qui consiste à tailler à la hache et à l’aveugle dans les effectifs de la fonction publique d’Etat, représente à peine… 500 millions d’euros !

C’est trente fois moins que la somme jetée par la fenêtre par le Parlement (15 milliards d’euros) début septembre pour soutenir le maillon faible de l’eurozone, la Grèce ! En une nuit, alors même que ces 15 milliards vont partir en fumée dès que l’Etat grec fera défaut (ce que tout le monde prédit), nos élites ont décidé de saigner un peu plus les Français en levant sur un claquement de doigts 15 milliards d’euros pour les banques en Grèce assortis… de 12 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires (et oui, il faut bien jouer à la « règle d’or », qui en l’espèce ressemble bien plus à une règle d’airain).

Le sauvetage impossible de l’euro à coup de milliards qui n’existent plus et vont alourdir, in fine, la dette publique française, constitue un fardeau suicidaire qui se paye en contrepartie sur le dos de nos services publics, dénudés les uns après les autres par un pouvoir dogmatique et insensible à la souffrance de nos concitoyens.

Tout se tient : si la sortie de l’euro ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique tous nos problèmes, elle est à coup sûr le préalable indispensable à la résolution de beaucoup d’entre eux.

C’est ce message que je veux porter, au côté de tous les serviteurs de l’Etat qui croient encore au service du bien commun, durant les prochains mois de la campagne présidentielle.