Quand les ménagères perdaient leur pouvoir d’achat, quand les ouvriers voyaient leurs usines délocalisées, cela n’intéressait pas grand monde. Mais, quand soudain les Etats ne peuvent plus emprunter sur les marchés financiers ou alors à des taux usuraires, alors là, nos dirigeants s’affolent. Ils ont d’ailleurs raison même s’ils auraient dû le faire plus tôt car je ne vois pas comment l’Italie et bientôt la France pourraient durablement emprunter à 7% pour rembourser leur dette.

La fin de l’euro est proche tout simplement parce que cette monnaie unique est structurellement vouée à l’échec. L’impasse actuelle est totale pour la simple raison que les Italiens et les Français, comme les Allemands, ont des points de vue irréconciliables qui sont pourtant légitimes chacun à leur façon.

Les pays du Sud n’ont pas tort de se plaindre d’une monnaie trop chère pour leur compétitivité et de taux d’intérêt réels exorbitants. Ils voudraient comme l’Angleterre et le Japon, pouvoir éviter ce racket des marchés financiers en se refinançant auprès de la Banque Centrale européenne.

Mais les Allemands ont aussi raison de refuser cette facilité car, dans leur esprit, cela voudrait dire très clairement qu’ils acceptent de faire financer par la BCE l’Italie et la France, pour des politiques qu’ils estiment trop laxistes.

Il va de soi que si la BCE refinançait massivement les pays de la zone euro, le cours de l’euro chuterait, ce qui serait très bon pour nous, mais qui ne correspond pas du tout à ce que veulent les Allemands pour eux-mêmes. Il est clair que les Allemands ont tendance à vouloir le beurre et l’argent du beurre, puisqu’ils sont bien contents de réaliser leur principal excédent commercial sur la France et l’Italie.

Si l’euro n’était pas là, le mark se serait réévalué de 30% et les rééquilibrages des balances commerciales et des croissances entre les pays de l’Union et l’Europe auraient eu lieu.

L’heure de vérité arrive. La situation est inextricable car soit l’Allemagne continue de refuser de monétiser la dette par la BCE et les pays du Sud, comme la France, seront obligés de sortir de l’euro.

Soit la Banque centrale monétise et c’est alors probablement l’Allemagne qui devra sortir de l’euro car s’il est évident que si cet argent offrirait un répit à l’Italie ou à la France, il ne suffirait pas à lui seul à régler la cause fondamentale des déficits extérieurs – le défaut de compétitivité des pays surendettés – tout en dévaluant la valeur intrinsèque de la monnaie unique, perspective absolument intolérable pour les Allemands.

Plutôt que de retarder sans cesse l’échéance inéluctable, la seule question qui vaille est de savoir comment on organise une retraite ordonnée et coordonnée pour reconstruire un système monétaire européen qui permette à chaque pays de développer son économie, d’offrir du progrès économique et social tout en évitant des fluctuations trop erratiques des monnaies les unes par rapport aux autres.

Voilà pourquoi la monnaie commune constitue la meilleure solution pour sortir de l’impasse. L’euro-mark se réévaluerait de lui-même. L’euro-franc diminuerait légèrement pour s’aligner sur le dollar et la livre. L’euro-drachme et l’euro-pesette chuteraient rapidement, donnant de l’air à ces pays.

Bien sûr ce nouveau système monétaire européen ne résoudrait pas tout. Il va de soi qu’il est urgent de traiter la cause des déséquilibres mondiaux liés à un libre échange déloyal dévastateur qui organise le nivellement écologique et social par le bas.

C’est pourquoi je propose aussi un protectionnisme intelligent qui permettrait de rétablir la loyauté de l’échange. Passage de la monnaie unique à la monnaie commune, mise en œuvre d’un protectionnisme intelligent, n’interdisent pas non plus, bien au contraire, de balayer devant notre porte pour réformer notre pays et lui permettre d’être plus compétitif.

Mais on ne réforme que lorsqu’une dynamique de croissance existe, que si le peuple peut retrouver l’espoir de vivre mieux. C’est tout l’enjeu du grand débat qui s’ouvre pour 2012.