Mettre un terme à ces tragédies, en portant secours aux émigrants et en les reconduisant vers le rivage de départ, est évidemment une nécessité. Car bien entendu, si l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, elle ne peut pas, pour autant, rester les bras croisés.

Mais cette nécessité, comme toujours, les éternelles belles âmes - animées par une générosité angélique, parfois même à la sincérité douteuse - la refusent, préférant décrier à coup de caricatures l’expérience fructueuse menée pendant ce temps-là par l’Australie. Résultat, paralysée par ces chiens de garde de la morale droit-de-l’hommiste, l’UE ne fait rien et les noyades continuent.

Voilà ce qu’il en coûte de confondre les bonnes (et moins bonnes) intentions humanitaires avec les principes de réalité et de responsabilité qui devraient toujours animer l’action publique. A cet égard, on ne peut pas oublier que c’est par la faute de Nicolas Sarkozy et de Bernard Henri-Lévy, sa caution moralisatrice, que la Libye a été livrée au chaos sous prétexte de la débarrasser de son dictateur.

La chose n’est pas contestable : hélas, alors président de la République, oubliant l’amitié qu’il avait jusqu’alors affichée à son endroit, l’actuel président de l’UMP a brusquement engagé la France dans une lutte à mort contre le Colonel Khadafi, allant bien au-delà de la résolution de l’ONU autorisant des frappes aériennes pour empêcher des massacres de civils. Et c’est la destruction de cette dictature, sanglante mais garante de la stabilité du pays, qui y a précipité un chaos indescriptible, dressant les tribus rivales les unes contre les autres, permettant que les métastases djihadistes s’y développent et faisant ainsi de la Libye la plaque-tournante régionale du crime et du terrorisme.

L’UMP a aujourd’hui beau jeu de renvoyer la balle au PS, au pouvoir depuis 2012. Et de souligner que ce dernier en eût sans doute fait autant. Mais cela n’exonère en rien sa responsabilité propre qui est et demeure écrasante. Mais non, pas un mot de regret ni d’excuse, pas l’ombre d’une autocritique de la part de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy ni de lui-même. On arguera, à raison, qu’ils se contentent d’emboîter le pas de BHL qui, de son côté, a multiplié ces derniers jours les déclarations sur le sujet. Des déclarations scandaleuses et révoltantes, par lesquelles le « philosophe » nie tout en bloc : que la situation de l’actuelle Libye soit pire qu’il y a quelques années, que sa doctrine du devoir d’ingérence humanitaire ait la moindre part de responsabilité dans le chaos politique libyen et l’augmentation dramatique des tentatives de traversées,… Et de réclamer plus de temps pour laisser à « l’histoire en marche » d’accomplir tous les progrès fructueux qu’on attend d’elle dans les sables de Cyrénaïque…

Alors, bien sûr, on vérifie une fois encore avec BHL que les « conseilleurs ne sont pas les payeurs » ! Mais la posture n’en reste pas moins odieuse, malhonnête et sans réelle empathie pour les victimes des naufrages…

Au-delà des causes, reste maintenant la résolution du problème qui engage la responsabilité de François Hollande. Le chef de l'Etat ne peut pas en effet se cacher confortablement derrière les fautes de son prédécesseur pour s'exonérer à son tour de ses propres devoirs ! Que faire ? Il faut de toute évidence, en mobilisant les flottes française et européenne, empêcher le départ des embarcations de migrants des eaux libyennes. L'Etat libyen étant en déliquescence et donc dans l'incapacité d'assurer lui-même cette mission, il est légitime et nécessaire que d'autres s'en chargent à sa place. Il y a urgence absolue si l'on veut vraiment prévenir de nouvelles tragédies - sauf bien sûr à se contenter des postures narcissiques faites depuis les salons parisiens !

Cette mesure peut être mise en œuvre rapidement mais, bien sûr, elle ne suffira pas. Ainsi, il faudra également traquer les passeurs et se donner réellement les moyens – politiques et matériels – de démanteler les réseaux.

Enfin, il faudra compléter ces actions par une politique d'ensemble dont le défaut est aujourd'hui à la source de ce problème et de biens d'autres : la France doit, d'une part, rétablir les contrôles fixes à ses frontières et une surveillance efficace de celles-ci ; de l'autre, elle doit s'engager avec ses voisins européens dans une aide efficace à la stabilisation des pays en guerre et au développement concertés des contrées d'où partent les migrants économiques.

Ces mesures de bon sens, je les défends avec constance avec Debout la France depuis des années. Il est plus que temps qu'enfin nos gouvernants prennent toutes leurs responsabilités en ayant le courage de les mettre en œuvre. Sauf à accepter hypocritement l'inacceptable, la mort de milliers de migrants supplémentaires dans le cimetière marin qu'est hélas devenue la Méditerranée...