Les idées défendues par Emmanuel Macron étaient tout aussi irréalistes que dangereuses pour les États et les Nations mais elles avaient le mérite d’exister. Alors que les Présidents précédents avançaient masqués sur l’Europe, le dogme macroniste est clair et permet le débat.

Mais depuis l’élection, « Jupiter » a dû redescendre sur Terre et quitter le Mont Olympe. Il s’est soumis, le 17 avril 2018, au même rituel humiliant que ses prédécesseurs pour se rendre devant le Parlement Européen alors qu’il n’a aucun compte à rendre à cette instance ! Hormis le panégyrique de Guy Verhofstadt à la gloire d’Emmanuel Macron, le Parlement Européen s’est montré très peu compréhensif du projet européen d’Emmanuel Macron. Entre Philip Lamberts qui lui offrait une corde et une députée qui dénonce la conception « napoléonienne » de l’Europe, le coup majeur lui fut porté par Syed Kamall, Président des Conservateurs et Réformistes Européens, en lui rappelant que son discours est celui qu’il porte pour la France et uniquement elle, qu’il n’est pas le porte-parole de l’Union Européenne et que sa réforme de l’Europe est un beau discours à Paris, mais à Bruxelles, ça ne marche pas comme ça : Il faut un consensus. Ainsi, le Parlement Européen a rappelé à Emmanuel Macron que sa feuille de route n’engage que lui-même et ne s’impose pas aux Institutions Européennes.

L’impuissance d’Emmanuel Macron a une raison simple : à partir du moment où on se soumet à des institutions illégitimes, non élues et bureaucratiques, elles ont raison de votre volonté. Ce n’est qu’un Président de la République libre de la servitude volontaire à Bruxelles qui pourrait imposer l’intérêt de la France en ayant au fond de lui la conviction que, faute d’être entendue, la France peut quitter l’UE.

Le coup fut dur pour Emmanuel Macron et montre l’impasse de l’Europe fédéraliste. Il intervenait après la campagne désastreuse d’Emmanuel Macron dans les pays de l’Est où, loin d’obtenir un consensus sur une réforme des travailleurs détachés, il n’a réussi qu’à obtenir une union des pays de l’Est contre lui. Et dernièrement, le dernier coup fut porté par une de ses consœurs, son amie, son alliée Angela Merkel dimanche dernier, le 3 juin 2018.

Dans une simple interview au Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, Angela Merkel a donc rendu son jugement avec toute la gravité qui la caractérise. Ainsi, comme elle l’a dit jadis à François Hollande, il n’y aura pas de mutualisation de la dette de son vivant dans la zone euro. Même avec la situation italienne, il est hors de question pour elle de voir naître une mutualisation des dettes ou même un rachat d’une grosse partie de la dette souveraine italienne par la BCE. Même discours sur les fonds d’urgence de la zone euro : Oui à un soutien financier aux pays en difficultés mais les aides doivent être remboursées intégralement, avec intérêts, en 5 ans, pour des cas exceptionnels. Il n’y aura pas donc plus d’intégration dans le domaine économique et monétaire. Mais il y aura des approfondissements de l’Union Européenne, là où cela arrange Angela Merkel : sur la réforme de l’asile où elle veut un système européen et pouvoir contraindre les États à accepter de prendre des migrants ; un budget européen plus important malgré le Brexit et une contribution plus importante pour les contributeurs nets (donc la France).

Enfin, il y a un sujet où Angela Merkel est tombée d’accord avec Emmanuel Macron : la défense. L’idée d’une force militaire européenne est remise sur la table et Angela Merkel apparait totalement en accord avec l’idée de la création d’une force militaire, financée par l’UE et les Etats-Membres, qui permettrait à l’Allemagne d’éviter de sacrifier son excédent budgétaire de 42 milliards d’€ dans la remise à niveau de son budget militaire. Et Angela Merkel va même plus loin dans les idées de réformes puisqu'elle propose dorénavant la mise en place d'un groupe de travail sur l'européanisation des sièges européens au Conseil de Sécurité de l'ONU. Traduction: Angela Merkel propose que la France, dont le siège au Conseil de Sécurité se justifie par sa force diplomatique et le nombre de ses interventions militaires sous couvert de l'ONU, laisse sa place à la Commission Européenne et un siège tournant entre les différents pays. Décidément, Angela Merkel et Wolfgang Schaüble, ex-Ministre allemand et grand promoteur des réformes libérales et de l'austérité en Europe, savent mieux que les peuples européens ce qui est mieux pour eux. Ici, ce qui est mieux pour la France, c'est qu'elle continue son haut niveau d'engagement militaire, paye pour la défense allemande et laisse son siège au Conseil de Sécurité à l'Allemagne et ses alliés.

Angela Merkel a donc réaffirmé les intérêts allemands en prenant ce qui l’arrangeait dans les réformes voulues par Emmanuel Macron. Quant à ses propositions inacceptables en matière de défense et de diplomatie, Emmanuel Macron disparaît.

Mais pour la première fois cependant une partie des plans allemands peut être démentie par les faits. Non par Emmanuel Macron, bien sûr, mais par une nouvelle coalition de gouvernements indépendantistes. L’Italie pourrait remettre en cause toute volonté d’aller plus loin dans la zone euro ainsi que l’espace Schengen, le groupe de Višegrad (Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie) avec le Danemark risque de bloquer toute réforme européenne de l’asile, la Pologne ne veut pas entendre parler d’une Europe de la Défense qui concurrencerait l’OTAN.

Au surplus, Angela Merkel n’est plus, aujourd’hui, aussi forte qu’avant. Elle est contestée sur le plan politique par une partie de la CDU, son parti, par la CSU, son allié qui contrôle la Bavière, et l’AFD sur les thèmes de l’immigration. D’ailleurs, un scandale a éclaté autour de la politique d’ouverture migratoire : submergés par l’arrivée d’un million de migrants, des services de l’État allemand auraient approuvé de nombreux dossiers en échange d’argent. Sur le plan international, elle est confrontée à un assaut diplomatique : Donald Trump menace de taxer les importations de voitures allemandes, Erdogan mène une politique très active au sein de la diaspora turque d’Allemagne, Benjamin Netanyahou a récemment fait pression sur l’Allemagne avec le Président américain pour qu’elle abandonne la position européenne sur le nucléaire iranien. Angela Merkel n’a quasiment aucune marge de manœuvre et surtout peu de place dans l’agenda politique allemand pour engager les réformes de Macron.

Au-delà de l’opportunisme allemand, les réformes voulues par Macron peinent à convaincre. Quand Emmanuel Macron souhaite augmenter le budget européen, il se retrouve très seul. Le Premier Ministre hollandais, Mark Rutte, a d’ailleurs annoncé la couleur suite aux propos du Président Macron et du Commissaire Européen Gunther Oettinger : il est hors de question que les Pays-Bas mettent 1 euro de plus dans l’UE. La Pologne et les pays de l’est ont adopté une position intenable : pas de hausse des contributions mais pas de baisse des subventions.

Ainsi le seul résultat des promesses d’Emmanuel Macron est que tout le monde en Europe est d’accord pour que la France contribue plus au budget !

À vrai dire, Emmanuel Macron porte une vision de l’Union Européenne et des questions internationales assez peu pragmatique voire naïve. A la montée des populismes et de l’euroscepticisme, il oppose l’éternelle formule du « plus d’Europe! ». Quand il conteste les décisions commerciales de Donald Trump, il découvre que la stratégie de la flatterie ne fonctionne pas avec lui. Espérons qu’il découvre avant la fin de son mandat que Donald Trump est un homme d’affaires et non un homme politique, et que, par conséquent, il ne connaît que la diplomatie par le commerce et les affaires.

Ultime paradoxe, personne en France ne fait état de l’échec d’Emmanuel Macron. La plupart des médias continuent de l’applaudir et d’entendre qu’il est un grand réformateur.

Emmanuel Macron est le « roi nu » du conte d’Andersen qui, pensant être habillé, se promène dans le plus simple appareil devant sa cour. Personne n’ose dire la vérité jusqu’à ce qu’une petite fille crie « Mais le Roi est nu! » faisant tomber l’imposture.

Or en France, on sait bien qu’un roi doit vraiment régner, ou disparaître