Le continent africain est déjà le plus jeune du monde, avec un âge médian d’à peine 20 ans, mais c’est pourtant encore un milliard de nouveaux habitants qui vont peupler ses terres d’ici trente ans. Jamais l’humanité n’a connu un choc démographique de cette ampleur. Si l’on anticipe le réchauffement climatique et les difficultés environnementales considérables qu’il va produire, tout Homme d’Etat et responsable public digne de ce nom ne peut que se battre pour engager cette révolution. J’ai hélas été le seul à en parler pendant la campagne.



Les rapports entre la France et les nations d’Afrique doivent bien connaitre une révolution car il faut en effet tout changer. Rompre avec ce flot tiède de paroles qui multiplient les vœux pieux jamais suivis d’effet ; rompre avec une vision passéiste de la politique, tributaire permanente des blessures de l’histoire, alors que le destin partagé de nos deux continents ne peut que se construire si on anticipe enfin l’avenir !



J’ajoute que le développement de l’Afrique ne se fera pas à fonds perdus pour la France et ses partenaires. Si des relations économiques, commerciales et financières équitables sont enfin mises en place dans le cadre de programmes « gagnant-gagnant », les nations d’Europe et d’Afrique peuvent construire un véritable co-développement. Encore faut-il que l’Europe, capable de consacrer 80 milliards d’euros chaque mois pour subventionner les grandes banques, préfère consacrer un douzième de cette somme à sauver l’Afrique, en particulier financer les projets d’électrification portés par Jean-Louis Borloo ou la muraille verte du Sahel défendue par Jean-Pierre Brard pour contenir la désertification des terres subsahariennes.



Prisonnière de l’aveuglement et de l’inaction de l’Union Européenne, en particulier de l’Allemagne, face aux enjeux africains, la voix de la France a perdu beaucoup de crédit auprès de nos alliés au détriment des Etats-Unis mais surtout de la Chine qui n’hésite pas à utiliser des méthodes bien plus radicales que le pire de la « Francafrique » tout en offrant à court terme des solutions aux populations locales qui n’ont pas d'autre choix pour survivre.



Je me souviens d’une séance de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale. Nous auditionnions un dirigeant africain en visite en France alors que son pays avait récemment subi une catastrophe naturelle. Il avait naturellement demandé l’aide de la Commission Européenne… Au bout de plusieurs mois, découragé face à la bureaucratie, le mépris et l’inaction de Bruxelles, le pays s’est tourné vers la Chine qui avait vite réglé le problème !



Aussi, c’est bien un défi de « monde nouveau » que devait relever Emmanuel Macron en Afrique. Force est de constater à nouveau que le fossé entre les discours novateurs du président et ses actes ringardissimes est à nouveau criant.



Si Emmanuel macron était sincère dans sa volonté de révolutionner les rapports entre la France et l’Afrique, il aurait proposé des projets de fond autour de grands principes qui changeraient la donne. A titre d’exemple, j’en avais proposé cinq lors de la présidentielle :



1. La défense de l’ndépendance des nations africaines et la non-ingérence de la France au delà des alliances militaires et des mandats de l’ONU.



2. Un vaste plan Marshall pour développer durablement l’Afrique, notamment le financement de gros projets structurants comme la « Grande Muraille verte » ou « Desertec ».



3. Une préférence commerciale fondée sur un prix juste des matières premières et des contrats équilibrés.



4. Un partenariat renforcé dans la lutte contre le terrorisme et l’islamisme.



5. Des accords bilatéraux entre la France et chacun de ses partenaires pour le retour des immigrés clandestins, des déboutés du droit d’Asile et de l’immigration économique qui prive le continent de ses talents et de ses forces.



Or, Emmanuel Macron ne parle pas des problèmes qui fâchent vraiment et se contente de jouer un jeu de rôle permanent. Le Président de la République est un brillant communiquant, tout le monde le sait. Il manipule avec brio son monde ; Dans son séjour au Burkina Faso, il parvient ainsi à se complaire dans la repentance histoire tout en faisant mine d’afficher une grande fermeté face aux étudiants qui accusent la France de tous les maux.



Pourtant, si on va plus loin que les propos d’estrade et la mise en scène permanente d’Emmanuel Macron, il n’en reste rien de concret. Pire, dès qu’il sort de la récitation mondialiste et du play-back des bons sentiments, le ton du Président de la République est celui du paternalisme le plus odieux.



Les Français savaient qu’Emmanuel Macron méprisait son propre peuple. A de nombreuses reprises, le naturel élitiste du prince a rattrapé la comédie du politicien : illettrés, fainéants, alcooliques, on connait les qualificatifs employés par Emmanuel macron dans ses rares moments de sincérité envers ses compatriotes qui à ses yeux « ne sont rien ».



On sait désormais qu’il partage ce mépris pour les étrangers, en tout cas pour les Africains. Déjà lors de sa visite à Mayotte, il avait fait une sortie déplorable sur les « kwassa kwassa qui pêchaient peu mais ramenaient du comoriens » … Hier à Ouagadougou, il n’a pas eu la dignité requise pour un chef d’Etat en humiliant le président du Burkina avec une série de blagues douteuses et de ricanements l’enjoignant à « réparer la climatisation »alors qu’il sortait de la salle.... Imagine-t-on Emmanuel Macron se comporter de la sorte avec Angela Merkel ou Justin Trudeau ? Non.



En fait, cet humour mal placé révèle la vraie nature d’Emmanuel macron, qui reste un technocrate persuadé de détenir seul la vérité et qui pense qu’on peut tout changer en parole sans rien changer dans l’ordre du monde. Il est facile de tancer et faire la leçon aux gens modestes et aux Etats africains, mais qu’en est-il des mots d’esprits d’Emmanuel Macron pour attaquer les vrais puissants de ce monde : les multinationales, les Etats-Unis, la Chine et bien sûr l'Allemagne ?



Dur avec les humbles et faible avec les puissants, voilà le vrai Macron, un président qui par ce genre de comportement, appartient à un monde plus qu’ancien, le monde éternel de la soumission au réel tel qu’il est décidé par les forts et non qu’une majorité de nations démocratiques veulent le construire.