La Ministre a introduit cette rencontre par un discours surréaliste qui explique tout à fait pourquoi le gouvernement ne pourra pas tenir 3 ans de plus ! En résumé, la réforme devrait répondre à deux impératifs : lutter contre les inégalités et faire de l’Ile-de-France une « capitale monde ». Louables objectifs, avec lesquels tout le monde ou presque sera bien entendu d’accord. Mais, quant aux moyens… Pour les atteindre, la Ministre a assuré qu’il faudrait revoir toutes les structures administratives pour créer la fameuse métropole parisienne, monstre fusionnant les 4 départements de la Petite Couronne (Paris et les territoires limitrophes : Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) et imposer en Grande Couronne des mariages forcés d’agglomérations pour regrouper au moins 200 000 habitants dans chacune.

J’ai pris la parole pour expliquer à Mme la Ministre que je ne voyais pas en quoi on lutterait contre les inégalités en supprimant la péréquation financière organisée par la Région Ile-de-France entre la Petite et la Grande Couronne la première bénéficiant d’un trop-plein d’emplois et la seconde d’un manque d’activités.

De même, comment corrigerait-on les injustices entre les territoires urbains et ruraux en faisant disparaître le département, seul outil à la bonne échelle pour garantir une action sociale juste et efficace ?

Quant au rayonnement de l’Ile-de-France dans le monde, ce n’est pas en mettant sens dessus dessous ses structures administratives qu’on facilitera les chantiers d’avenir ni les projets de développement économique, universitaire et scientifique.

Tous les Présidents présents, de droite comme de gauche, quels que soient les départements, ont tenté d’expliquer au Ministre que la fusion de collectivités pour arriver à ce fameux seuil de 200 000 habitants allait aboutir à des territoires d’échelle inadaptée, peu inefficaces dans l’accomplissement de leurs missions de service public, et à une perte de repères démocratiques pour les citoyens, désormais en butte à des pouvoirs locaux lointains et désincarnés. Sans compter que les économies d’échelle promises, censées contribuer à la diminution généralisée de la dépense publique, risquent fort de ne pas être au rendez-vous. Tout au contraire, ainsi qu’en avertissent déjà plusieurs présidents de Région, eux-mêmes confrontés à la perspective de fusions autoritaires…

Cela relève du bon sens le plus élémentaire : la Grande Couronne n’a rien à voir avec la Petite Couronne ! En Essonne, dans les Yvelines, le Val d’Oise ou la Seine-et-Marne, Il n’y a pas de station de métro tous les 500 mètres ! Cette réforme va éloigner un peu plus les citoyens de leurs élus et aboutir à des monstres technocratiques moins efficaces et plus coûteux.

A la fin de la réunion j’avais vraiment le sentiment de vivre sur une autre planète. Car de quoi ont besoin nos concitoyens ? - De transports qui fonctionnent, - De logements habitables et en nombre suffisant, - D’une sécurité publique efficace, - D’emplois à proximité.

Mais tout cela n’intéresse pas vraiment le gouvernement. La priorité est au charcutage des collectivités, aux discours abscons sur les « pôles de compétitivité », les « aires métropolitaines », les « synergies d’acteurs publics », à l’agitation tous azimuts des comités Théodule mobilisés ici ou là pour l’occasion, qui voient enfin l’opportunité de justifier leur existence…

Dans cette salle imposante de Bercy, la communication ne passe pas entre deux mondes : celui des élus de la République enracinés dans le terrain et celui de l’appareil d’Etat, complètement hors sol. Après des européennes qui ont déjà révélé le décalage vertigineux entre les Français et leurs élites, alors que le pays face à des urgences et des défis rarement aussi graves et aussi nombreux, est-il vraiment sage de se lancer dans une réforme territoriale qui marche sur la tête ?