Non seulement les hiérarques de la Commission nagent bien souvent dans de peu ragoûtants conflits d'intérêts - à cause de fonctions exercées avant, pendant ou après leur mandat -, mais aussi ils n'ont jamais de comptes à rendre à qui que ce soit et ne s'exposent en réalité à aucune sanction sérieuse.

Qu'on en juge : l'appréciation de la licéité de leurs pratiques est laissée à la discrétion d'un « comité d'éthique » au pouvoir purement consultatif, composé... d'eurocrates à la retraite. Le seul mécanisme de sanction réelle, et jamais sérieusement appliqué, est entre les mains de la Cour de Justice de l'Union européenne qui confirme une fois de plus sa collusion avec les intérêts particuliers des autres institutions de l'UE et de leurs créatures.

Ainsi, en plus du scandale Barroso (parti chez Goldman Sachs), les projecteurs se braquent aujourd'hui sur le cas hautement douteux de Neelie Kroes, qui avait déjà fait parler d'elle pour avoir été la lobbyiste en chef du complexe militaro-industriel américain en Europe avant de devenir Commissaire à la Concurrence et collectionné les dossiers litigieux du même acabit par la suite.

Mais, rappelle l'ONG Corporate Europe Observatory, ce ne sont pas moins de 9 commissaires européens de l'ancien collège Barroso (remplacée par celui de Juncker en 2014) qui occupent aujourd'hui des responsabilités dans des multinationales dont la Commission est pourtant censée museler les appétits économiques insatiables. Quatre d'entre eux, dont la Luxembourgeoise Viviane Reding qui avait tant fait la morale à la France sur la question des Roms (et l'avait même insultée en évoquant les rafles de Vichy), vont jusqu'à exercer des responsabilités ouvertement incompatibles avec les règles de l'UE. Le nom de Neelie Kroes, salarié d'Uber, y apparaît de nouveau...

Encourent-ils des sanctions ? Pas le moins du monde. Ont-ils au minimum été tancés par la Commission européenne ? Autant qu'on le sache, nullement... Mais faut-il s'en étonner, alors que Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du pire paradis fiscal européen, le Luxembourg, en est président ; alors que Mario Draghi, président de la BCE, a officié auparavant dans les grandes banques de Wall Street responsables de la crise de 2008 et du maquillage des comptes publics de la Grèce ?

A cet égard, quel crédit – si l'on ose dire – peut-on encore accorder à Jean-Claude Juncker et ses pairs pour faire le ménage, lui qui a été l'instigateur – à la tête de son pays – et le complice – à travers ses responsabilités communautaires – du gigantesque système de fraude / évasion fiscale qui coûte chaque année à la France l'équivalent de son déficit budgétaire (jusqu'à 80 milliards d'euros), ainsi que je l'avais relevé dans « Les Voleurs de la République », livre écrit au terme d'une mission d'enquête parlementaire avec Alain Bocquet ?

Ce n'est plus supportable : il faut supprimer une fois pour toute ces usines à gaz supranationales qui, non contentes d'aggraver le sort de centaines de millions d'Européens par leurs politiques dogmatiques et injustes, non contentes d'employer des fonctionnaires surpayés (le président de la Commission est mieux rémunéré qu'Obama !), offrent de surcroît le spectacle d'une corruption sans frein dans la plus ahurissante impunité qui soit.

On entend parfois les défenseurs de l'UE minimiser l'outrecuidance des eurocrates en rétorquant que la corruption et les conflits d'intérêt existent aussi dans les pays membres, notamment en France. Oui mais chez nous, différence de taille, les Cahuzac et autres Thévenoud finissent devant les tribunaux voire derrière les barreaux !

Il est grand temps que les eurocrates corrompus redescendent sur terre... devant la justice des hommes.