La crise de la dette des pays du Sud, outre le système de la monnaie unique qui leur a permis de vivre exagérément au-dessus de leurs moyens, est avant tout liée à leurs déficits extérieurs croissants. Et ces déficits extérieurs croissants s’expliquent tout naturellement par la chute des exportations et l’augmentation des importations liées à une monnaie surévaluée.

L’euro en empêchant les dévaluations qui permettaient d’ajuster la monnaie à la productivité réelle des économies, a progressivement asphyxié les pays du Sud de l’Europe et la France.

Croire qu’il suffira de transférer de l’argent sans traiter la cause de ces déficits extérieurs relève d’une déraison la plus totale. C’est pourquoi d’ailleurs les marchés financiers, quels que soient par ailleurs leurs excès et leurs défauts (qui sont grands), savent bien qu’il n’y a pas d’issue dans la politique de l’Union européenne.

Politique d’autant plus absurde que les dirigeants européens imposent une cure de récession à ces économies, provoquant par là même des déficits publics encore plus élevés. En effet, quand on réduit brutalement les dépenses, l’économie s’arrête, les recettes fiscales s’effondrent et le remède est pire que le mal. C’est d’ailleurs ce qu’on apprend depuis une trentaine d’années au moins sur les bancs du lycée, où on ne manque pas de souligner les effets communément admis des politiques de déflation de années 30 (bien plus dévastatrices que les mesures protectionnistes alors engagées).

Une autre aberration se répand ces temps-ci. On nous explique doctement qu’il suffirait de mettre en œuvre un gouvernement économique européen pour s’en sortir, comme si, par magie, ce gouvernement pouvait d’un coup transformer les économies du Sud de l’Europe en une gigantesque économie allemande !

Le gouvernement économique européen n’aurait qu’une solution : transférer d’immenses montants financiers vers la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne, pour éviter la faillite généralisée. Les autres nations, l’Allemagne mais aussi la France, verraient alors leur économie entièrement mobilisée et dépréciée pour venir en aide en permanence à des pays structurellement peu compétitifs, au risque d’un appauvrissement généralisé, douloureux et durable… Inimaginable !

On comprend dès lors qu’outre-Rhin on se refuse à une telle hypothèse car ce qui a pu être fait pour les Länder de l’est ne le peut, bien évidemment, au profit de la plupart des pays de l’UE…

Sans parler bien sûr du problème démocratique évident : d’où ce gouvernement économique européen pourrait-il tirer sa légitimité ? Il est bien évident qu’après les précédents de 2005 en France et aux Pays-Bas, et de 2008 en Irlande, les gouvernements européens ne se risqueront pas à de nouveaux référendums, perdus d’avance, et n’auraient alors comme seule alternative que le passage en force parlementaire. Mais ce serait la fin de la démocratie…

On le voit bien, en définitive, l’euro ne peut pas fonctionner en l’état actuel car on ne peut pas plaquer une monnaie unique sur des économies, des structures sociales et politiques profondément différentes. On ne peut pas davantage l’étayer par un « gouvernement économique européen » qui serait en réalité un gouvernement économique fédéral, car personne n’en veut réellement, à commencer par les citoyens dès lors qu’on leur demanderait d’y réfléchir dans le cadre d’une campagne référendaire (elle-même hautement improbable).

Est-ce à dire que nous sommes condamnés au chaos ? Non, bien sûr. Aujourd’hui le choix est simple : soit les dirigeants européens continuent leur fuite en avant, soit ils organisent une transformation en douceur de la zone euro avec le passage de la monnaie unique à la monnaie commune.

L’euro resterait un instrument de réserve mais chaque pays retrouverait sa monnaie nationale lui permettant de restaurer sa compétitivité. L’euro-mark remonterait. L’euro-peseta serait dévalué fortement, et ainsi les excédents comme les déficits des balances commerciales se rééquilibreraient peu à peu. Les emplois se relocaliseraient.

C’est la seule solution raisonnable, mais que les responsables en Europe considèrent purement et simplement comme hérétique. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !