Mais le désastre n’est pas seulement économique et social, il est humain. Dans l’indifférence générale, 400 agriculteurs se sont suicidés cette année (plus d’1 par jour). Au-delà de l’étranglement financier qui les désespère, c’est aussi la perte de maîtrise de leur activité qui les déstabilise.

Ce matin, un des agriculteurs me disait : « on nous vend des semences enrobées d’insecticides, nous ne savons même pas ce qu’il y a dedans. Ceux qui nous conseillent sont les fabricants qui incitent à mettre toujours plus d’engrais, malgré la mode de l’environnement ». C’est comme si le pharmacien était médecin. Les primes qui ont remplacé les garanties de prix enferment aussi les agriculteurs dans une bureaucratie européenne sans précédent.

Un autre me disait : que l’épuisement des sols est la conséquence de la logique de l’argent roi qui a emporté ce milieu. A qui servent les recherches de l’INRA si on manque d’agronomes de terrain capables de conseiller les agriculteurs, de mutualiser les bonnes expériences. Beaucoup d’entre eux ont conscience de la nécessité absolue de préserver leur terre pour garantir la fertilité. Ainsi il est vital de pratiquer la plantation de protéagineux qui permettent pendant trois ans de régénérer le sol.

Mais le problème majeur et central réside bien sûr dans l’ouverture totale des frontières qui met notre agriculture en concurrence avec des pays aux normes sociales et environnementales très faibles. Compte tenu du coût de la main d’œuvre et de la haute exigence que nous avons quand même en France, il va de soi que les producteurs de lait ne peuvent pas supporter la concurrence des pays de l’Est, voire l’Ukraine.

Le combat majeur doit, bien sûr, est celui que je soutiens depuis longtemps, d’une exception agricole sur le modèle de l’exception culturelle à l’OMC.

Pourquoi les artistes, le monde du cinéma se sont-ils protégés pendant qu’on laisse mourir nos paysans ? Tout simplement parce qu’ils vivent à Saint Germain-des-Prés et qu’ils ont su peser sur le pouvoir politique qui craignait de perdre leur soutien médiatique.

Si l’on veut redonner une dignité à nos agriculteurs, garantir la qualité des aliments que nos enfants mangent, permettre l’autosuffisance alimentaire de la France et de l’Europe à un prix stable, il faut bien sûr protéger nos marchés. Ce qui sera peut être bien pour l’Europe, sera aussi très positif pour l’Afrique car nous ne maîtriserons les flux migratoires que lorsque le paysan africain pourra vivre de sa terre.

Nous reparlerons de tout cela lors de ma visite prochaine au Salon de l’Agriculture le 25 février.