La visite de la raffinerie de Reichstett a été particulièrement édifiante. Voilà un outil industriel racheté début 2008 à Shell par une société suisse, Pétroplus, qui a bénéficié d’investissements importants (plus de 100 millions d’euros), qui produit du gasoil (un produit fabriqué en quantité insuffisante dans notre pays) et qui est la dernière raffinerie - disposant d’un marché local important de surcroît - du quart nord-est de l’Hexagone.

Et pourtant, elle doit fermer dans six mois !

La direction invoque un manque de rentabilité, mais les syndicats rappellent qu’il n’y a aucune transparence comptable permettant de vérifier cette affirmation.

Mais surtout, cela confirme l’absence totale de vision nationale sur le raffinage pétrolier, activité pourtant stratégique pour le pays. Total vient de fermer Dunkerque, Pétroplus va fermer Reichstett, et la France va importer toujours plus de carburant d’Allemagne, des Pays-Bas et de Belgique, pour couvrir des besoins qui, eux, demeurent importants !

On nous dit que la consommation française faiblit, mais alors pourquoi abandonne-t-on ces substantielles parts de marché à ces trois pays voisins ?

Le secteur de l’énergie est trop stratégique pour que l’Etat laisse Total décider de tout dans cette filière. Contrairement à ce que l’on croit, intérêt de Total n’est pas égal à intérêt national.

Comme dans le secteur de l’électricité ou du gaz, il est temps de reprendre en main la politique pétrolière de la France, car seul l’Etat peut porter une vision à 50 ans, alors que les actionnaires privés ont les yeux rivés sur les résultats trimestriels et le cours de la Bourse.

Le dramatique résultat est là : 253 femmes et hommes perdant leur emploi, sans parler des 1000 emplois de sous-traitants qui vont aussi disparaître. Même en Alsace, région prospère, la cohorte des délocalisations frappe la population.

Notre pays est saigné par cette débâcle industrielle. Mais quand ouvrira-t-on les yeux enfin sur ses conséquences et bien sûr sur ses causes ?