En l’espace de quelques mois, ce sont pas moins des deux tiers de la population arménienne de l’Empire turc – soit un million et demi de personnes – qui sont systématiquement massacrées par déportation, famine, épuisement, mauvais traitements, fusillades…

Les Turcs, alors impliqués dans la première Guerre mondiale aux côtés des puissances centrales, allèguent que leurs victimes auraient trahi au profit des Russes. Mais bien entendu personne ne croit à cette fable, tant l’ampleur des massacres et leur étendue ne cadrent aucunement avec cette version.

Tout au contraire, c’est à une opération planifiée en plus haut lieu qu’on a affaire. Le gouvernement dominé par le parti Jeune turc, modernisateur mais imbu d’un nationalisme ultra et revanchard, prépare et exécute dans ses moindres détails un génocide systématique, s’adjoignant le concours de prisonniers de droit commun libérés pour la circonstance et de supplétifs kurdes. A bien des égards, ces massacres rationalisés, cruels et barbares, anticipent les « opérations spéciales » de l’Allemagne nazie en Europe centrale et orientale, un quart de siècle plus tard. D’ailleurs, plusieurs officiels allemands, civils et militaires, mettent directement la main à la pâte et y font, pour ainsi dire, leurs « classes » puisqu’on les retrouvera quelques années plus tard dans les rangs de la SS…

Le centenaire de cette effroyable tragédie offre ainsi l’occasion de se souvenir d’un jalon important de notre tragique XXème siècle. Il serait d’ailleurs temps que la Turquie, qui persiste à refuser, avec arrogance et irascibilité, toute reconnaissance du génocide arménien, change d’attitude… Un génocide qu’elle prétend même interdire de reconnaissance hors de ses frontières, comme en a encore récemment témoigné l’incident diplomatique avec le Pape qui a osé, ô suprême audace !, utiliser ce mot interdit… L’existence même de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE dans ces conditions, constitue une insulte scandaleuse pour la mémoire des centaines de milliers de victimes arméniennes - enfants, femmes, vieillards et hommes - mortes il y a tout juste un siècle.