Régulièrement, telle ou telle profession qui se croyait à l’abri de la soif de domination des eurocrates découvre tout à coup être dans leur collimateur : professions réglementées (pharmaciens, avocats,…), culturelles (subventions au cinéma, archéologie préventive,…), traditionnelles, etc. essuient les coups parfois fatals de la Commission ou attendent leur tour avec anxiété. Tant il est vrai que si « tout le monde est pour l’Europe » (encore que, de moins en moins), on omet toujours de préciser « tant qu’elle s’occupe du voisin »…

Il faut dire que l’Union européenne s’est trouvé des alliés de choix dans les multinationales et lobbies de tout poil, ces éternels féodaux, qui ne renonceront jamais à en finir avec les Etats-nations démocratiques, ces forteresses politiques et juridiques bardées de lois qui protègent les faibles et tiennent à distance les puissants.

Le sait-on, la Commission est ainsi allée jusqu’à enfoncer un coin dans l’affiliation obligatoire à l’assurance maladie, obligeant depuis des années notre pays à reconnaître, concurremment à la Sécu, quelques compagnies d’assurance étrangères, remettant de la sorte en cause la solidarité nationale entre tous les assurés sociaux… L’été dernier, la France abasourdie a une fois de plus fait l’expérience de la dure loi de Bruxelles, à la suite d’une plainte déposée à la Cour de Justice de l’Union européenne par une multinationale suisse contestant le monopole de distribution public de certains produits sanguins dans notre pays.

Imbue, comme toujours, d’une vision extensive de ce qui relève du marché, la Cour a ainsi désavoué la France en considérant certains produits dérivés du sang comme des médicaments – soumis à la concurrence – et non comme « produit sanguin labile » - y échappant.

Cette décision fragilise dangereusement le système français de collecte du sang qui repose sur une éthique bien particulière, elle-même fondée sur la gratuité des dons et l’anonymat, le non-profit de l’organisme collecteur - l’Etablissement français du sang (EFS) - et le monopole de ce dernier à toutes les étapes de la fourniture aux malades de la plupart des produits sanguins. Car, paradoxalement, le système de dons gratuits coûte plus cher que le sang rémunéré, les donneurs bénévoles étant plus difficiles à mobiliser, ce qui entraîne la nécessité d’instaurer un monopole pour se protéger d’une concurrence trop agressive.

La moindre efficacité économique du système français offre d’ailleurs un prétexte aux partisans de la libéralisation pour la justifier. Pourtant, une spécialiste de la question, directrice d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, résume parfaitement les choses : « En ne s’intéressant qu’à la libre circulation des marchandises, l’Europe sape toute construction nationale, certes moins efficace économiquement, mais fondée sur la générosité et la solidarité. »

Conséquence, l’EFS perd de plus en plus de parts de marché et voit son fragile modèle économique menacé d’un déséquilibre fatal. Sans compter que le développement, à terme, de la rémunération du sang présente des risques de sécurité sanitaire, aussi bien pour les donneurs que pour les receveurs, les premiers pouvant être tentés de vendre plus que de raison (à raison de 50 € chaque don), voire de vendre un sang impropre à la transfusion (présence de virus, etc.). La France reviendrait ainsi à la case départ, elle qui a créé l’EFS et son monopole à la suite… du scandale du sang contaminé !

Bien sûr, les ténors des partis de gouvernements nous assurent que cela n’arrivera pas, qu’ils veillent à contrer les dérives, qu’ils les combattraient sans faiblesse le cas échéant, etc. Mais, après avoir été les complices notamment de la mise sous tutelle monétaire de la France ou de la ratification dans le dos du peuple d’un traité rejeté par le suffrage universel, qui les croira un seul instant ?

Le système français de don gratuit, désintéressé et anonyme du sang, est né dans les maquis durant l’Occupation. Comme le programme du Conseil National de la Résistance hérité de cette époque héroïque et tragique, qui se solda par le retrempage à neuf du Pacte national, il est aujourd’hui menacé par l’avidité sans borne de néo-féodaux, instrumentalisés par un super-Etat apatride et antidémocratique. La Résistance s’impose aujourd’hui comme hier pour défendre nos libertés menacées. C’est la raison d’être même de Debout la France !