Le 20 mai 2019 lors d’un débat sur LCI consacré à la crise migratoire qu’affronte l’Europe, j’avais abordé la question de la démographie africaine en réclamant un contrôle des naissances au Sahel. Ma déclaration avait alors suscité l’hystérie collective sur le plateau, poussant même Yannick Jadot à qualifier mes propos de « scandaleux ».

Alors que les amis faussement écologistes de Yannick Jadot font culpabiliser les jeunes en Europe pour les inciter à ne pas faire d’enfants, je m’étonne que leur champion m’interdise d’évoquer le contrôle des naissances en Afrique : le taux de fécondité en Europe ne s’élève qu’à 1,6 enfant par femme contre près de 6 au Sahel ! La population d’Afrique subsaharienne devrait ainsi doubler d’ici 2050 pour dépasser les 2 milliards d’habitants et quadrupler d’ici 2100 (rapport de l’ONU du 17 juin 2019). Nul doute qu’une telle explosion démographique constitue une menace pour l’avenir écologique de notre planète et la stabilité du monde.

Qu’ai-je dit de si condamnable alors même que l’ancien Président du Nigéria, Goodluck Jonathan, a appelé les Nigérians en 2012 « à n’avoir que le nombre d’enfants qu’ils peuvent élever » afin de réussir le développement de leur pays ?

Qu’ai-je dit de si condamnable alors même que le Président du Niger, Mahamadou Issoufou, a déclaré en 2018 avoir « pris des mesures pour réduire la natalité » afin de « maitriser la croissance démographique » !

Qu’ai-je dit de si condamnable alors même que l’ancien Premier Ministre du Mali, Moussa Mara, a affirmé dans une interview pour L’Opinion en juin 2016 qu’il est « urgent de mettre en œuvre des politiques de contrôle des naissances » pour ne pas rater la transition démographique nécessaire à la réussite du développement de l’Afrique ?

N’en déplaise aux dirigeants français et aux bonnes âmes qui se targuent de bons sentiments comme Yannick Jadot, on ne peut résumer la résolution de la crise migratoire à un accueil illimité des migrants en Europe. Pire, cette solution consensuelle chez les défenseurs de la pensée unique aggrave le problème. Comme l’affirme le Président sénégalais Macky Sall : « la vocation de la jeunesse africaine n’est pas d’atteindre les rives de l’Europe, nous devons combattre l’émigration clandestine et trouver des solutions sur le continent africain ». Car en privant les pays africains de leurs forces vives, l’Europe freine le développement de l’Afrique qui mettrait fin à l’émigration clandestine.

Face au défi de la transition démographique, la France doit impulser en Europe un véritable plan d’aide aux pays africains. Cette coopération doit s’inscrire dans une démarche multilatérale qui respecte les souverainetés étatiques et empêche l’émergence de toute nouvelle hégémonie sur le continent africain.

La limitation des naissances doit avant tout passer par la prise de conscience des Africains qu’il s’agit de la condition sine qua none du développement de leur continent. Comme le préconise Moussa Mara, l’Afrique doit sensibiliser les populations et particulièrement les femmes « à la contraception, à l’accès au service de planification familiale, aux grossesses à risques , sur les conséquences des grossesses pour les filles trop jeunes, sur l’intérêt d’organiser le futur des enfants », etc.

Cette prise de conscience doit s’accompagner d’une véritable politique de libération des femmes visant à les émanciper du fanatisme religieux et à leur donner accès à une éducation universelle de qualité, puis à un travail. Le ralentissement de la croissance démographique permettra ainsi aux Etats africains de dégager les ressources publiques indispensables à l’émergence d’un réel développement : déploiement d’infrastructures, système d’éducation et de santé, etc.

De plus, afin d’assurer la stabilité du continent et la pérennité de son développement, l’Europe doit s’engager auprès de ses partenaires africains pour éradiquer toutes les formes d’extrémisme religieux, comme les islamistes de Boko Haram.

Alors que 237 millions de personnes en Afrique subsaharienne souffrent de sous-nutrition chronique, l’Europe doit aider son continent voisin à assurer son autosuffisance alimentaire. Cette ambition passe par des programmes qui favorisent les coopérations agricoles Sud-Sud en se basant sur un modèle agricole localisé qui garantit des revenus décents, à partir des villages et petites villes structurant les territoires.

Enfin, l’Europe doit contribuer à financer massivement un programme d’investissements qui permette la réalisation de grands projets comme la « grande muraille verte », initiée par l’Union africaine pour lutter contre le réchauffement climatique et protéger les terres agricoles face à l’avancée du désert en développant des écosystèmes verts reliant Dakar à Djibouti. Elle doit aussi s’engager dans un ambitieux plan d’infrastructures électriques décarbonées qui accélère l’émergence de réseaux de transports, techniques et industries nécessaires à l’essor du continent africain.

Le 21ème siècle est chargé de défis : on ne peut parler d’environnement, de stabilité du monde ou encore d’immigration si on ne résout pas le problème de la surchauffe démographique au Sahel, qui empêche la réussite du développement de l’Afrique.

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout La France, Député de l’Essonne.