Mais, comme toujours prisonnier d’un schéma idéologique, d’une espèce de foi enfantine dans l’Europe avec un grand E, il a refusé de voir que c’est justement le système supranational irresponsable politiquement car non démocratique qu’il a contribué à mettre en place, qui est responsable des dérives d’aujourd’hui.

Jacques Delors a regretté par exemple la faiblesse de l’Europe et de la France dans les négociations commerciales internationales, mais c’est lui qui a soutenu le traité de Lisbonne qui supprime le droit de veto de la France dans le processus de décision.

Je pourrais multiplier les exemples de ce refus obstiné de voir les causes des phénomènes qu’il dénonce.

Les questions des parlementaires socialistes révélaient leur désarroi. Là aussi face à la dure réalité des faits, la plupart d'entre eux s'enfermait dans une sorte de croyance béate dans une Europe mythique, censée avancer vers un paradis utopique.

Quand j’ai posé ma question sur la nécessité d’une réorientation franche et volontariste vers une Europe des Nations, seule capable de porter des projets industriels et scientifiques à l’image d’Airbus, Jacques Delors qui avait très bien compris où je voulais en venir, n’a su manier que la caricature en me renvoyant à l’Europe du traité de Westphalie qui mène « aux guerres ».

A court d’argument, les européistes béats n’ont que ces mots à la bouche : guerre et nationalisme, comme si l'Europe n'avait pas changé depuis 1945 !

Ce faisant, ils refusent de voir que la construction hors sol qui mène des politiques économiques et sociales suicidaires est au contraire la vraie cause de la résurgence des extrémismes.

Comme toujours la vieille démocratie chrétienne confond la Nation et le nationalisme.

En vérité, Jacques Delors m’a fait de la peine aujourd’hui car sa lucidité sur l’évolution de l’Europe est réelle, mais sa « foi » européiste lui interdit toute remise en cause et toute réflexion sur une nouvelle Europe qui, cette fois-ci, marcherait.