L’incendie de Notre Dame et ses conséquences illustrent tristement le macronisme : des économies de bout de chandelle en amont du problème alors qu’il faudrait s’attaquer à la cause pour éviter des pertes irrémédiables et une ignorance flagrante de l’histoire de France au profit de la nouveauté à tout prix.

Avant l’incendie, il aurait fallu renforcer les mesures de sécurité tant contre les menaces d’attentat que contre les destructions accidentelles de notre patrimoine qui souvent menace ruine. Car quelle que soit la cause de l’incendie, il y a eu un défaut de surveillance, soit face aux actes de malveillance soit dans l’entretien nécessaire de nos églises et cathédrales. Aujourd’hui l’erreur se paie extrêmement cher et aurait pu entraîner des conséquences encore plus graves sans l’abnégation et la compétence extraordinaires de nos pompiers.

Après l’incendie, il fallait de toute évidence rebâtir la cathédrale à l’identique. Si les pyramides de la Vallée des Rois ou le Sphinx de Gizeh avaient été endommagés, qui aurait l’idée de « reconstruire une version plus adaptée aux enjeux contemporains » ou « d’ouvrir un concours international d’artistes pour les rebâtir » ? Pourquoi ne pas transformer le corps du lion du Sphinx en corps de chien ou le toit pointu des pyramides en toit plat pour faciliter le déplacement des touristes ?

C’est pourtant ce que proposent les ministres En Marche au sujet de Notre Dame.

Tout le monde voit bien que les cathédrales sont des prouesses techniques. Il suffit d’en visiter une pour remarquer toute l’habileté des bâtisseurs qui répartissent tout le poids par un jeu subtil de déviation vers les clés de voûte, les fondations profondes et les arcs boutants. Comment ne pas être saisi d’émerveillement par le génie d’hommes qui sans aucune aide informatique ont réussi à ériger une structure aussi fine qu’une cathédrale et pourtant aussi solide ? Qui peut être aveugle au point de ne pas voir dans la finesse et la solidité de l’ouvrage l’expression de l’art français par excellence qu’est l’art gothique ?

Mais M. Macron ne peut voir la beauté de Notre Dame car comme il l’exposait début 2017, « l’art français, je ne l’ai jamais vu » et « il n’y a d’ailleurs pas une culture française ».

Je suis le premier à penser que la France peut bâtir de nouveaux grands monuments, y compris des cathédrales, mais faut-il pour autant défigurer les chefs d’œuvre du passé ?

Bien sûr, M. Macron est prêt à saccager Notre Dame parce qu’il n’est en réalité pas sensible à l’art français et à la beauté de nos cathédrales mais il est aussi guidé par une dangereuse mégalomanie. En pleine période de restriction budgétaire, il avait profité de travaux à l’Elysée pour transformer le palais présidentiel et y laisser sa marque. Pendant la fête de la musique, il avait transformé la cour du palais en une boîte de nuit ridicule et d’un mauvais goût consommé. Avec l’incendie, il tient l’occasion de laisser sa marque sur l’un des plus beaux monuments au monde et d’y imprimer à jamais le mauvais goût oublieux de notre histoire qui le caractérise.

Un président cultivé et raisonnable aurait bâti une pyramide du Louvre ou une nouvelle bibliothèque, comme François Mitterrand en son temps, mais M. Macron ne veut pas ajouter à notre patrimoine, il veut lui appliquer sa logique de destruction créatrice. A ses yeux, le saccage d’une transformation de Notre Dame est une occasion d’effacer jusqu’au souvenir des réussites passées de notre pays et de faire physiquement disparaître l’art ancien à la façon dont on jette son téléphone usagé pour en commander un nouveau.

Alors non, Notre Dame n’est pas un produit de consommation usagé mais une merveille à préserver et transmettre. Exigeons sa reconstruction à l’identique.