L’offensive générale des djihadistes de l’EI contre le Kurdistan oblige évidemment la communauté internationale à réagir. N’en doutons pas : la prétention hégémonique de ces « fous de Dieu », représentants d’un islam sunnite fanatisé en guerre contre le rival chiite et la terre entière, ne s’arrêtera pas aux frontières du Kurdistan, ni même de l’Irak ! La proclamation d’un « califat » (organe ayant vocation à gouverner l’ensemble des musulmans) ne laisse à cet égard pas le moindre doute. D’autant moins qu’il ne s’agit pas cette fois-ci d’une bande de guérilléros montés sur des pick-up, mais d’une véritable armée équipée d’armes lourdes dernier cri.

Héritage indirect de la politique du « big stick » des faucons irresponsables de Washington, coupables d’une guerre injuste qui n’en finit plus de se transformer et se propager, l’incendie djihadiste est une menace pour la paix et la sécurité mondiale plus grave encore que le furent les Khmers rouges en Asie du sud-est. C’est pourquoi, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et pays ayant son mot à dire dans les affaires du monde, la France a le devoir d’agir pour porter secours aux Kurdes et aux chrétiens d’Irak, aujourd’hui menacés par ce néofascisme vert.

Mais si la France s’était réveillée plus tôt, l’action internationale en gestation ne prendrait pas le chemin, comme aujourd’hui, d’une coalition restreinte de quelques pays occidentaux, offrant ainsi à l’EI un boulevard pour galvaniser le monde arabo-musulman contre le retour des « Croisés ».

Car le vrai défi est bel et bien là : le monde n’a pas d’autre choix que d’être ambitieux, de mobiliser l’ensemble de la communauté internationale sous l’égide de l’ONU et d’y intégrer des casques bleus issus aussi de pays musulmans, afin que la légitimité de cette réaction soit incontestable et vierge de tout soupçon de partialité occidentale.

Le moment est donc venu de nous réconcilier avec la Russie, avec laquelle nos relations ne cessent de se dégrader pour de mauvaises raisons, en prenant le risque de laisser se développer de vrais désordres dans d’autres régions du monde.

En effet, d’une part, le réel danger que représente l’EI pour l’ensemble du Proche-Orient - et même au-delà - jette par contraste une lumière différente sur la crise ukrainienne, qui apparaît désormais au grand jour pour ce qu’elle est : une affaire interne au monde russe qui ne menace pas de s’étendre et où toute ingérence extérieure, sous peine d’envenimer les choses au détriment de tous, doit cesser. D’autre part, même s’il continue de refuser de faire ce constat de bon sens, l’Occident devra rapidement se rendre à l’évidence qu’il a besoin de la Russie s’il veut entraîner toute la communauté internationale et se donner une chance de vraiment juguler la menace djihadiste. En vérité, il n’a pas le choix.

La France doit jouer un rôle de tout premier plan dans cette offensive diplomatique cruciale, un rôle taillé sur mesure pour notre pays qui y trouverait enfin l’occasion de sortir du statut de supplétif des Etats-Unis et de l’UE dans lequel il croupit depuis des années. Par exemple, pour s’en tenir au seul dossier ukrainien, en cédant aux injonctions martiales des Etats-Unis et de certains pays de l’est de l’Europe face à la Russie, la France n’a cessé de s’abaisser.

Depuis quelques jours, elle a même concouru à une politique très excessive de sanctions – qui pourrait jusqu’à menacer sa propre coopération militaire avec Moscou –, s’exposant bêtement à des rétorsions économiques dont elle n’a pourtant vraiment pas besoin. Ce faisant, elle a surtout renoncé au rôle de modérateur et d’acteur autonome des relations internationales qui a pourtant fait sa force depuis un demi-siècle.

Avec l’arrivée au pouvoir du PS de François Hollande, notre pays qui avait déjà beaucoup régressé sur le terrain diplomatique dans les années précédentes, a battu ces derniers temps tous les records d’atlantisme et de soumission à des intérêts extérieurs, contraires aux siens. A l’exception de l’opération au Mali, qui était nécessaire, nous n’avons jamais eu une politique étrangère aussi lamentable : soutien à l’opposition syrienne qui a engendré l’Etat Islamique au Levant et en Irak, silence indigne sur les massacres de Gaza, suivisme dans l’affaire ukrainienne, soumission en Europe à l’Allemagne et à l’UE,…

François Hollande a désormais en main une carte historique pour sortir par le haut de l’impasse diplomatique où il l’a emmenée. Pour l’honneur de la France et la sécurité internationale, saisissez maintenant cette carte Monsieur le Président !