La décision du gouvernement est triplement scandaleuse.

1) La prison de Clairvaux n’est pas vétuste comme l’a dit le Ministre et respecte les normes. J’ai rarement visité un établissement aussi bien entretenu. En revanche cet établissement s’inscrit au cœur d’un monument historique qui entoure la prison, qui mérite une rénovation et qui pourrait d’ailleurs accueillir un établissement complémentaire. Ainsi, par exemple, quand le Ministère annonce 2 millions d’euros pour refaire la toiture de la prison, dans la réalité il n’y a que 200 000 euros à dépenser pour la toiture de l’établissement même. Si le Garde des Sceaux s’était vraiment renseigné, il aurait tout de suite compris le non-sens qu’il y a à fermer un établissement en bon état.

2) Fermeture d’autant plus absurde que Clairvaux est une maison centrale de haute sécurité qui fonctionne particulièrement bien avec un personnel formé et consciencieux, accueillant des détenus souvent condamnés à perpétuité aux comportements très dangereux. Cette fermeture est d’autant plus aberrante qu’il reste 70 places de libre alors qu’au même moment on entasse et on mélange dans des prisons d’Ile-de-France des détenus purgeant de courte peine à des condamnés dangereux ou des islamistes, comme j’avais pu le voir à la maison d’arrêt de Villepinte en Seine Saint Denis. Comme me l’a dit un gardien, cette fermeture doit être idéologique. Clairvaux étant réputée comme une « prison ferme ». Quel contraste en effet avec la prison de Villepinte (voir mon blog du 20 octobre 2015). De surcroît le coût de fonctionnement de cette prison est nettement inférieur au coût de fonctionnement des nouvelles prisons qui ont été construites sous la forme d’un partenariat public/privé et qui coûtent aujourd’hui une fortune en loyers versés par l’Etat.

3) Enfin, c’est une fermeture absurde d’un point de vue d’aménagement du territoire. La suppression de 200 emplois d’agents ou de gardiens entraînerait la perte de près d’un millier d’emplois induits. Une fois de plus, le gouvernement concentrerait les emplois publics dans des grandes zones urbaines compliquant la vie des agents de l’administration pénitentiaire qui, avec des salaires modestes, ne pourront plus se loger.

Au terme de cette visite, j’ai compris la révolte des personnels qui ne comprennent pas comment le pouvoir politique peut prendre des décisions aussi irrationnelles.

J’ai rencontré des fonctionnaires dignes, travailleurs, aimant leur métier, des syndicalistes raisonnables écoeurés du mépris de leur Ministre.

J’ai aussi appris, comme dans beaucoup de visites de terrain que j’effectue, combien notre pays pouvait se redresser vite tant les Français qu’ils soient paysans, ouvriers, fonctionnaires, artisans, commerçants, avaient du bon sens et l’amour de la France.

Je ferai tout pour sauver Clairvaux.