Pour résumer, cette agence de la filiale transport routier de la SNCF compte aujourd’hui 77 chauffeurs contre 240 il y a seulement 4 ans.

La cause est simple. GEODIS, pour lutter contre la concurrence déloyale des entreprises de l’Union Européenne, emprunte à grande échelle les mêmes recettes, en utilisant des camions inscrits en Pologne, en Roumanie ou en Tchéquie pour contourner la règlementation française.

Une directive européenne permet, en effet, à un camion étranger d’effectuer 3 rotations en France, après avoir acheminé de la marchandise dans notre pays. Cette règle, apparemment protectrice, est en vérité la porte ouverte à tous les abus, et ce pour plusieurs raisons :

  • Les 3 rotations se calculent même après un retour dans n’importe quel pays de l’Union. Par exemple : le camion roumain passera 5 minutes en Belgique et pourra revenir prendre des « courses » en France.

  • De surcroît, ces droits de cabotage ne sont jamais contrôlés par les Autorités françaises.
  • Mais surtout, outre le salaire des chauffeurs Roumains moitié moindre que celui des Français, la durée de conduite n’est jamais vérifiée, les permis de conduire ne sont pas vérifiables et surtout les cartes magnétiques permettant de contrôler la durée des transports sont changées, chaque chauffeur utilisant plusieurs cartes.

Bien évidemment, la Gendarmerie ou la Police Nationale ne vérifient pas le respect des règles car, je cite « c’est trop compliqué en paperasse et toutes les procédures tombent à l’eau ».

Le résultat est là : le nombre d’accidents de certaines entreprises de camions étrangers est très élevé, mais qu’importe, c’est la recherche de la rentabilité à tout va. Ainsi, GEODIS vient de livrer 50 nouveaux camions à Metz, tous immatriculés en République Tchèque, camions qui bien évidemment ne repartiront jamais en République Tchèque.

J’ai rencontré des chauffeurs routiers brisés. Leur entreprise à l’actionnariat public n’organise même pas de plan de licenciement. Tout est fait pour les faire démissionner les uns après les autres.

Un de mes interlocuteurs m’expliquait : « J’ai 21 ans de maison, je n’ai jamais eu d’accident, j’ai toujours respecté la règlementation, je gagne le SMIC et je sais que si je m’en vais, à mon âge, je ne trouverai plus de boulot, dans le coin les usines ont fermé. » « De toute façon »ajoute-t-il « nos dirigeants nous ont abandonnés, c’est la loi du fric pour le fric, nous ne sommes plus défendus. »