Depuis des années, les pays de l’Union européenne se sont interdit de penser le monde en termes géopolitiques se contentant de laisser jouer les forces du marché. Pour se donner bonne conscience, ils ont nommé Mme Ashton, haute représentante de politique étrangère et laissé les Présidents de la Commission Européenne (M. Barroso) et du Conseil Européen (M. Van Rompuy) jouer aux Chefs d’Etat qu’ils ne sont pas dans des sommets aussi creux qu’ils sont longs.

Mais le vrai visage de la mondialisation n’est pas celui de la « fin de l’histoire », un moment imaginé par des bobos naïfs et fatigués. Sur tous les continents des rapports de force des Etats perdurent et une véritable guerre économique et scientifique existe.

C’est dans ce contexte qu’on a laissé l’Ukraine et plus généralement toute l’Europe centrale se diviser progressivement au point d’aboutir à la tragédie d’aujourd’hui.

C’est ne rien connaître à l’histoire et ne pas tirer les enseignements de la crise des Balkans que de croire qu’il suffisait d’agiter le drapeau européen pour faire basculer ce pays du côté de l’OTAN et de Bruxelles.

Certes, l’allergie à un régime corrompu et autoritaire, la soif de liberté, ont pu inciter beaucoup d’Ukrainiens sincères à manifester pour un changement réel, mais c’était sans compter avec la partie de l’Ukraine russophile.

Comment croire, de surcroît que la Russie puisse accepter le basculement de Kiev, son berceau historique. Les grandes Nations européennes payent très cher aujourd’hui leur désintérêt de ces pays et les coudées franches données aux amateurs euro-atlantistes.

A l’exception des va-t-en guerre des salons mondains comme BHL qui a déjà commis de graves dégâts en Libye, personne de sérieux peut imaginer résoudre cette crise sans une entente solide et durable avec la Russie. Cela ne veut pas dire de la faiblesse à l’égard de Poutine ni de la complaisance envers le Président ukrainien. Simplement ce serait folie que de reconstituer, sans motif réel, (l’Union européenne serait bien incapable de faire adhérer l’Ukraine) une guerre froide entre l’Est et l’Ouest alors même que la Russie et les grandes Nations d’Europe sont complémentaires et ont tant d’intérêts en commun.

Mais pour cela il faudrait que nos dirigeants français cessent de caricaturer la Russie, que nos chefs d’entreprises y investissent bien davantage, que les médias arrêtent les analyses superficielles.

Bien évidemment, la démocratie en Russie n’est pas la nôtre mais c’est le cas de la plupart des pays du monde vers lesquels les uns et les autres n’hésitent pas à se tourner sans la même pudeur.

L’Europe supranationale, on le voit bien est dans tous les domaines à bout de course. Il est temps de reconstruire une Europe des Nations et des projets, de l’Atlantique à l’Oural pour éviter que des tragédies, comme celle-ci, se multiplient.