Mais cette hydre à deux têtes libre échangiste n’est pas, loin de là, la seule menace que fait courir la mondialisation sauvage à notre agriculture. En effet, d'autres puissances comme la Chine ne sont pas non plus en reste. Le quotidien Le Monde a ainsi révélé il y a quelques jours comment cette dernière, à la faveur du basculement d'une agriculture familiale vers un paysage agricole dominé de plus en plus par des sociétés très capitalistiques, est en train de mettre la main sur les meilleures terres de France.



La technique, éprouvée, consiste à acquérir des sociétés agricoles déjà existantes mais sans en acheter l'intégralité des parts ce, afin de rendre impossible toute préemption de la part des Safer. Ces sociétés d'aménagement foncier, véritable gendarme de l'agriculture française n'ont plus d’autre possibilité que de tirer la sonnette d’alarme et de réclamer – vainement – à Bruxelles des mesures de régulation. Ce sont ainsi de véritables multinationales agricoles chinoises qui sont en train de voir le jour et qui rachètent à tour de bras de vastes superficies dans plusieurs pays de l’UE. Pire, si l'on y prend pas garde, ces entités vont finir par réclamer - et obtenir - les aides européennes agricoles créées à l’origine pour préserver les agricultures nationales du continent...



Il n’y a pas si longtemps, une génération à peine, la construction européenne signifiait encore l’espoir d’une « Europe verte », c’est-à-dire la mise sur pied d’un modèle européen agricole assurant à la fois le développement d'une agriculture moderne, des prix aux producteurs, la préservation des exploitations familiales (quitte à les faire évoluer), la valorisation de productions exotiques en provenance de régions périphériques ou de pays du Tiers-Monde, et le développement d’une industrie agroalimentaire d’importance stratégique. Le tout, au service d’une CEE se dotant ainsi d’une stature agricole de tout premier plan - à forte puissance de frappe économique, commerciale et, en dernier ressort, politique - lui permettant de peser significativement sur les marchés mondiaux - à la fois pour aider au décollage des PVD et monter en puissance face aux grands ensembles mondiaux.



Las ! Aujourd’hui, il ne reste rien ou presque de ce beau projet qui serait allé comme un gant à la France et aurait tout autant servi efficacement l'ambition de "l’Europe européenne" voulue dès le départ par le général de Gaulle. Mais les gouvernants de notre pays ont peu à peu douté, atermoyé et finalement renoncé, abandonnant face à la volonté parfois divergente des pays partenaires et au néolibéralisme de la "Commission américaine de Bruxelles", comme l'appelait Hervé Gaymard alors ministre de l'Agriculture. Tant et si bien que c'est l'avenir même de notre agriculture qui est désormais en danger : tentation mortifère du gigantisme industriel ("ferme des mille vaches"), dénaturation du rôle et de la vocation des paysans à cause d'une PAC frisant la débilité, déclin annoncé de la PAC, dérégulation à tout-va, déloyauté des contraintes d'un pays à l'autre, et maintenant grand braderie des terres agricoles européennes en attendant l'alignement final sur le "modèle" états-unien !

Non, définitivement, l'agriculture française et la France tout court méritent mieux que cette trahison en forme d'euthanasie programmée ! La campagne présidentielle qui s'ouvre doit sonner le coup d'arrêt définitif à cette vandalisation d'un de nos atouts les plus précieux, qui a tout l'avenir devant lui pour peu qu'on y croit et qu'on s'en donne les moyens. Ce sera aussi tout le sens de mon projet pour la France.