Cet établissement qui emploie 260 personnes dépend du CEA et du CNRS. Il procède à des expérimentations sur les noyaux, les ions et les protons. Derrière cette recherche fondamentale, il y a en aval toutes les applications sur la science des matériaux, l’imagerie médicale, les appareils de surveillance des aéroports, la protection des astronautes face au rayonnement du soleil…

Ce centre est en pleine transformation avec l’investissement dans de nouveaux appareils qui permettront de multiplier par 100 la puissance des accélérateurs de particules.

J’ai rencontré des scientifiques exceptionnels, passionnés par leur métier et dévoués comme jamais.

J’ai aussi perçu un regret sur la manière dont la France, l’une des premières nations scientifiques du globe, considère aujourd’hui sa recherche : abus du principe de précaution, peurs irrationnelles, multiplication des normes en tout genre, paperasse bureaucratique à n’en plus finir…

J’ai volontairement posé la question des salaires qu’ils n’avaient même pas abordée et j’ai appris qu’un chercheur physicien, avec 15 ans d’expérience qui excelle au niveau mondial, gagne 3 000 euros par mois.

Du jour au lendemain, il pourrait gagner le triple, si ce n’est pas 10 fois plus pour le chef de centre, s’il émigrait aux Etats-Unis ou dans un autre pays.

L’un des chercheurs me disait qu’il ne faisait pas cela pour l’argent mais qu’il voulait simplement pouvoir élever ses 3 enfants. Un autre m’informait que, pour la première fois, la fuite des cerveaux dans notre pays atteignait le niveau de l’après-guerre.

Ce ne sont plus seulement des jeunes de 25 ans qui partent mais aussi les plus expérimentés, ceux qui ont accumulés au fil des ans un savoir considérable. Heureusement la plupart veulent rester, aiment leur métier, leur pays et savent que nous sommes parmi les meilleurs du monde. Mais, m’avouait un autre, pour combien de temps ?

Former un expert scientifique mondial coûte cher à la collectivité. C’est incompréhensible de les laisser partir sans rien faire. Ils n’attendent pas un pont d’or, loin de là, mais voudraient juste bénéficier d’une rémunération correcte par rapport à leur qualification.

L’un d’entre eux a ajouté : « nous travaillons d’ailleurs avec une telle envie que ce sont nos supérieurs qui nous interdisent de revenir dans nos laboratoires les week-ends et les jours de vacances. »

Encore une fois, comme pendant la campagne présidentielle, j’invite nos dirigeants (politiques, économistes, financiers, médiatiques) à partir comme moi à la rencontre des Français, de ceux qui font la France par leur travail, leur créativité, leur passion. Ils ont tant à dire et à offrir.

Comme me le dit le responsable du centre sur le chemin du retour : « je voyage beaucoup, vois nos atouts considérables et je ne comprends pas pourquoi nous ne les valorisons pas. »

Je lui répondis : « tout simplement parce que nous ne sommes plus gouvernés ! »