D'un côté, le gouvernement du président Fayez al Saraj, siégeant à Tripoli, est prêt à discuter de la reconduite en Libye des migrants récupérés en mer dans sa zone de souveraineté, dans des camps d'accueil et de reconduite établis à terre moyennant une aide européenne... Ce gouvernement s'appuie sur le gouvernement italien, souverainiste. Fayez al Saraj a été invité à Rome, tandis que Matteo Salvini s'est rendu à Tripoli. Les intérêts italiens restent d’ailleurs importants en Libye, surtout dans le secteur des hydrocarbures (ENI)

De l'autre côté, le gouvernement de Tobruk, dirigé par le général Khalifa Aftar, établi dans toute la Cyrénaïque, entendant étendre son pouvoir sur toute la Libye. Ce gouvernement s'appuie sur la France et l'Allemagne, dont les intérêts en Libye en sont pas négligeables (cf. TOTAL par exemple) ... Ce dirigeant a déclaré l'ambassadeur italien "persona non grata".

Or, depuis quelques jours, des milices venues du sud de la Tripolitaine, alliées au général Khalifa Aftar, ont attaqué Tripoli, pour tenter de chasser de la ville les forces et le gouvernement de Fayez al Saraj, le tout avant une conférence internationale "de conciliation" qui devait être organisée en novembre par les Européens, les Américains et les Russes, en vue d'élections démocratiques... Il s'agissait probablement pour le général Khalifa Aftar de créer un "fait accompli" avant cette conférence. Mais ses alliés des milices de l'ouest sont clairement des islamistes qui n'entendent pas laisser aux Occidentaux la moindre place en Libye, et encore moins l'établissement de camps d’accueil pour les migrants reconduits à terre dans ce pays... D'ailleurs ils ont bombardé un camp de migrants au mortier... avant de devoir faire retraite.

En effet, le renfort des forces venues de Misurata et fidèles à Fayez al Saraj a repoussé les milices hors de Tripoli. Après quelques combats de rue, ces milices alliées du général Khalifa Aftar se sont retirées au sud de l'agglomération et un fragile cessez-le feu règne actuellement.

Derrière cette situation précaire se joue une manœuvre politique de Macron visant à décrédibiliser le gouvernement italien. Ce dernier a réagi et vient d'envoyer à la demande de Fayez al Saraj une force navale dans le port de Tripoli et à proximité, pour protéger ses ressortissants et ses intérêts (plateformes et terminal pétrolier de l'ENI). Cette flotte de six navires est autorisée à intervenir dans les eaux territoriales libyennes contre toute agression. De l'issue de ce conflit dépend probablement la crédibilité du projet d'établissement de camps d'accueil européens en Libye, organisés par l'Italie avec Fayez al Saraj.

Une fois encore, on ne peut que constater que le gouvernement d’Emmanuel Macron privilégie l’idéologie immigrationniste au détriment non seulement de la paix en Libye mais des intérêts vitaux de la France.