Cette semaine Manuel Valls a présenté son plan autour de 15 zones de sécurité prioritaires. L’intention est louable même si on notera que de telles zones existent depuis longtemps, comme l’unité territoriale de quartier par exemple. On peut aussi regretter que de gouvernements en gouvernements, l’Etat reconnaisse sa faillite en délimitant des zones prioritaires de plus en plus restreintes alors que les lois de la République devraient s’appliquer partout dans les mêmes conditions. De même la nature de délimitation de ces zones est suspecte puisque certaines le sont du fait des violences aux personnes, d’autres en fonction des cambriolages. On a plus l’impression que Manuel Valls désigne des zones statistiques pour servir à l’étude de la criminalité plutôt que des zones où les forces de l’ordre accroitraient leur présence et la pression sur la délinquance. Mais le meilleur se cache dans les modalités pratiques. En effet ces zones prioritaires seront traitées « à moyens constants » c’est-à-dire que l’Etat ne va même pas se donner la peine de recruter de nouveaux gendarmes ou policiers pour les affecter sur ces zones. Or comment veut-on que les forces de l’ordre fassent leur travail si on ne leur en donne pas les moyens ? En 5 ans près de 15 000 policiers et gendarmes sont partis à la retraite sans être remplacés, alors que la délinquance n’a cessé d’augmenter. Ces zones prioritaires ne sont que de la poudre aux yeux. Manuel Valls n’obtiendra aucun résultat car il ne s’en donne pas les moyens.

Plus inquiétantes encore sont les récentes déclarations de la Ministre de la Justice. Dans un entretien au journal Libération, celle-ci a remis en cause l’utilité de la prison en jugeant qu’il fallait supprimer les peines planchers ou encore aménager les petites peines pour réduire la population carcérale. Venant d’une ministre de la Justice, ces déclarations sont totalement irresponsables mais elles dénotent surtout une absolue méconnaissance des dispositifs légaux. La justice française est déjà extrêmement laxiste. Je ne m’attarderai pas sur les décisions de certains juges qui laissent tout le monde perplexes, mais plutôt sur l’arsenal législatif. Je rappelle à Madame Taubira que les condamnés bénéficient déjà de remises de peine extrêmement avantageuses. Faut-il rappeler à la ministre de la Justice qu’une de ses prédécesseurs, Rachida Dati, a fait voter une loi sur les remises de peine automatiques ultra-permissive ? A cause de cette loi, aujourd’hui un condamné à moins de 2 ans ne fait même pas une journée en prison grâce aux remises de peine automatiques. Et pour être condamné à 2 ans en France, il faut faire quelque chose de particulièrement grave. Aujourd’hui ce ne sont pas moins de 80 000 peines de prison qui sont inappliquées. Beaucoup de trafiquants récidivistes continuent leur manège avec à la cheville des bracelets électroniques qui ne sont pour 90% même pas géo-localisables. Voilà la situation sécuritaire du pays. Et Madame Taubira la trouve encore trop dure pour les délinquants… Est-elle ministre de la Justice ou ministre en charge du confort des voyous ?

Certes nous sommes tous conscients que la surpopulation carcérale ne facilite pas la réinsertion future des délinquants. Mais lorsque quelque chose va mal, on n’accuse pas le thermomètre. Vouloir supprimer les courtes peines pour désengorger les prisons démontre une erreur de diagnostic flagrante. Cela dénote surtout une méconnaissance coupable de la réalité du terrain. Elu depuis 17 ans d’une ville de banlieue, j’invite Madame Taubira à venir passer une semaine dans un commissariat de ma circonscription. Elle verrait des policiers exaspérés de voir des petits voyous les narguer alors qu’ils ont été arrêtés la veille. Elle verrait des habitants excédés de voir toujours les mêmes individus, souvent une petite poignée, rendre la vie dans leurs quartiers impossible. Elle verrait des jeunes souvent sans repères auxquels le laxisme de l’Etat fait croire qu’ils sont au-dessus des lois.

Il faut donc redonner à l’Etat toute son autorité. Et pour cela il faut que chaque délit soit sanctionné par une peine, même quelques jours de prison s’il le faut. C’est pourquoi je propose la création de 20 000 places de prison, notamment dans les casernes désaffectées. Ces casernes inutilisées par l’Armée pourraient servir de prison. Les bâtiments existent déjà. On pourrait en faire des centres de rétention spécialement pour les courtes peines et ainsi ne pas mélanger les criminels les plus dangereux avec les autres. Le coût d’adaptation et de fonctionnement pour ce type de prison serait bien inférieur à une prison de haute sécurité. Cela permettrait de désengorger les prisons actuelles et surtout cela éviterait de trouver des excuses morales ou légales pour laisser en liberté des délinquants.

Il faut donner des moyens à nos forces de l’ordre et durcir les lois, notamment pour les petits délinquants. Chaque délit doit avoir sa peine proportionnée. Voilà une politique sécuritaire responsable.