Que se passe-t-il donc ? La SNCF invoque une « succession exceptionnelle d’incidents » et promet de bien chiches contreparties. Mais en quoi cette coïncidence malheureuse permettrait-elle d’expliquer l’absence d’interlocuteur dans le train naufragé ? La SNCF manque-t-elle à ce point de responsables locaux et régionaux qu’elle aurait été incapable d’en dépêcher un ou deux sur place pour coordonner les actions et informer les voyageurs ?



On voit bien que cette excuse, qui explique tout et rien, n’est qu’une lapalissade. La réalité est que, un malheur n’arrivant jamais seul, les incidents et dysfonctionnements à la SNCF, bien que moins spectaculaires, ne cessent de se multiplier. Cet automne, sur la seule ligne D du RER que je connais bien (elle dessert ma circonscription législative et la ville d’Yerres), les usagers et leurs élus ont ainsi assistés, éberlués, à des problèmes qu’on n’avait jamais vus auparavant : des trains ont été purement et simplement supprimés, pour cause… de feuilles mortes tombées sur les rails ! C’est l’incroyable argument avancé par les responsables de la compagnie (qui semblaient donc découvrir que les feuilles des arbres tombent en automne), qui cachait en réalité un problème bien plus trivial : la diminution endémique de moyen sur cette ligne, tant en effectif qu’en matériel en quantité et en qualité satisfaisantes ! C’est ce même manque de moyens qui a abouti dernièrement à ce que plusieurs usagers soient enfermés dans la gare de Yerres, situation ubuesque s’il en est !



La SNCF doit rendre de vrais comptes au lieu de se contenter d’explications vagues et dilatoires. A cet égard, le soutien que lui a apporté la ministre des Transports ce matin, l’excusant ainsi de son incurie, est totalement ahurissant. C’est à une enquête approfondie sur la gestion et l’évolution des moyens de la SNCF qu’il faudrait en réalité procéder, tâche dont pourrait valablement et impartialement se charger, par exemple, une mission d’information parlementaire.



Celle-ci nous révèlerait sans doute que la compagnie nationale, pour se préparer à une mise en concurrence décidée et imposée de longue main par la Commission de Bruxelles, compresse à tout-va ses coûts humains et matériels, délaissant les lignes les moins rentables. Cela aboutit concrètement à une dégradation de la qualité, de la continuité et de la sûreté du service public, dont les contraintes, jusqu’à un certain point et selon le secteur d’activité, paraissent peu compatibles avec les objectifs de rentabilité du privé (dépenser toujours moins pour gagner toujours plus).



Electricité de plus en plus chère, routes franciliennes paralysées par 5 centimètres de neige, trains naufragés, aéroports en rupture de stock d’antigel, etc. On a beau jeu d’accabler les entreprises publiques (de moins en moins publiques, d’ailleurs), mais n’oublions pas que leurs personnels sont bien souvent les premiers à souffrir de cette ruine progressive de l’outil de travail !



Cet hiver illustre une fois de plus que, face à la mise en concurrence généralisée, l’attitude de résignation vis-à-vis du moins-disant qu’endosse le gouvernement actuel, n’est pas tenable. Il est temps de mettre un holà aux dogmes de Bruxelles, à tout le moins de les encadrer par des exigences draconiennes de respect du service public, qui est tout autant celui des usagers-citoyens.