Comme si, en fin de compte, pour restaurer sa popularité, Nicolas Sarkozy ne comptait plus que sur l’existence de troubles mécontentant la majorité silencieuse et la conduisant à devenir une sorte de recours.

Mais n’est pas de Gaulle qui veut.

Le gouvernement ne comprend pas que s’il y a autant de manifestants, si la base déborde les leaders syndicaux, si 20% des électeurs de droite soutiennent le mouvement, c’est bien parce qu’ils condamnent tous non seulement la politique menée mais l’arrogance et le mépris du peuple qui l’accompagnent.

Pourquoi en effet, si le Président tenait tant à faire adopter sa réforme des retraites s’emploierait-t-il systématiquement à fermer la porte aux mains tendues des uns ou des autres ? Quand la CFDT propose de conserver la retraite à taux plein à 65 ans comme beaucoup de leaders politiques l’ont demandé (François Bayrou, Dominique de Villepin et moi-même), pourquoi le Président et le Premier Ministre ne saisissent-t-ils pas l’occasion ?

Faut-il être vraiment inconscient pour, la veille des manifestations, dire avec arrogance : « cela ne changera rien ». De même, comment laisser Eric Woerth qui ment systématiquement sur l’affaire Bettencourt et dont la proximité avec les puissances d’argent est un fait avéré, demeurer ministre des Affaires Sociales ?

En vérité, le Président, son Premier Ministre et son gouvernement jouent la crise car ils croient pouvoir en profiter sans imaginer la profondeur de la colère populaire qui gronde.

Cette affaire des retraites est aussi explosive car, pour la première fois, le gouvernement présente l’addition aux Français d’une politique économique suicidaire, que ces derniers n’ont jamais approuvée mais dont ils ne voyaient pas jusqu’à maintenant les conséquences douloureuses.

Le Parti socialiste et les syndicats critiquent cette réforme mais ils ne veulent pas non plus voir davantage, comme l’UMP, les causes de l’échec, les causes du chômage de masse. En acceptant la soumission de notre pays à des instances supranationales qui maintiennent l’euro surévalué, qui imposent un libre échange déloyal, qui détricotent tous les services publics.

Le vrai débat, bien sûr, devrait concerner cette politique car le choix est très simple aujourd’hui. Soit ils la poursuivent, et après la réforme des retraites il faudra passer à la réforme de la Sécurité Sociale, puis à celle du droit du travail, puis à celle des minima sociaux, soit nous libérons la France de ses contraintes artificielles, grâce à la sortie de l’euro, à l’investissement dans l’avenir et à notre propre voie de développement.