On ne sait pas encore si un destin ministériel attend « Agathe la poule », opportunément placée sur le chemin du Président de la République avant de rejoindre illico presto le plateau de BFM TV… mais nous sommes déjà tout simplement stupéfiés par la future performance d’Emmanuel Macron comme narrateur de « Pierre et le loup », personnage clé du conte de Serge Prokofiev. Une représentation sera en effet donnée ce jeudi 1er mars à l’Elysée devant un parterre de courtisans et de « celles et ceux », malheureux innocents, honorés par le maître des lieux. Après tout une vidéo diffusée opportunément pendant la campagne présidentielle montrait l’étendue du talent de comédien du jeune Emmanuel Macron sur les planches.

Acteur contrarié, le Président a beaucoup mieux réussi dans la prestidigitation. La Fontaine disait que selon que nous étions puissants ou misérables, les jugements de cour nous rendaient blancs ou noirs. La mégalomanie d’Emmanuel Macron devient véritablement inquiétante et aucun membre de son entourage ne semble le ramener à la raison.

A l’épreuve des responsabilités, le président n’est pas habité par ce soupçon de doute salvateur qui devrait équilibrer le pouvoir extraordinaire qui lui est confié. Bien au contraire sa certitude d’avoir raison en tout temps et en tout lieu dépasse désormais les caprices que pourraient amortir les fastes de l’Elysée. Emmanuel Macron ne supporte plus aucune contradiction ni surtout aucun contradicteur.

Les dernières vicissitudes de ses relations avec les agriculteurs français sont ainsi particulièrement éloquentes. Le président a d’abord exigé des paysans du Puy de Dôme qu’ils « pensent printemps » dans un discours digne des expériences sous acide des années 1970. Il a ensuite sermonné les jeunes exploitants reçus à l’Elysée sur leur prétendue responsabilité dans les difficultés qu’ils rencontrent depuis trente ans. Ces jeunes n’étaient pourtant pas nés ou de simples enfants.

Enfin, Emmanuel Macron a perdu son calme lors de sa visite du salon, ne supportant pas de se faire siffler dès qu’il quittait une réunion officielle pour arpenter le Salon de l’Agriculture. Visiblement touché dans son orgueil, Emmanuel Macron a bombé le torse de ses gardes du corps pour gronder à nouveau ceux qui exprimaient leur désaccord. Il faut d’ailleurs saluer ces Français courageux qui n’hésitent pas à affronter le Président, rappelant si besoin en était qu’il était le serviteur des Français et non pas le maître de son peuple.

Emmanuel Macron avait annoncé battre un record de présence qu’il s’était lui-même fixé tout en raillant les anciens présidents qui aimaient « taper le cul des vaches », ce qu’il venait pourtant lui-même faire au salon de l’Agriculture. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, j’ai dénoncé à de nombreuses reprises cette mise en scène permanente du pouvoir qui s’éloigne de la réalité vécue par les Français non seulement en paroles mais en actes. Le Président de la République n’essaie pas seulement de mentir aux Français que son action peut améliorer leur quotidien, il tente désespérément de lelaver leur cerveau pour que nos compatriotes culpabilisent de ne pas partager sa vision des choses.

Derrière les grosses ficelles du « vieux » et du « nouveau » monde, il n’y a en fait que la réalité des Français et les mensonges du Président qui finissent toujours par le rattraper. Il avait promis de stopper le traité de libre-échange avec le Canada (CETA) si une commission montrait qu’il était dangereux : les experts ont confirmé la menace mais Macron a renié sa promesse. Il s’apprête maintenant à faire la même chose avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Urugay, Paraguay) dont les conditions sanitaires, l’utilisation massive d’OGM et l’emploi de produits interdits en Europe mettent non seulement en péril les revenus de nos agriculteurs mais la santé de tous les consommateurs français.

Le Président peut bien expliquer, dialoguer, sermonner, gronder, fanfaronner ou quoi que ce soit, cela ne change fondamentalement rien à la nature des politiques qu’il mène et qui sont rejetées par ceux qui les subissent.

Un « nouveau monde » tel que je le conçois ne serait pas un flot de paroles mas des actes simples : la fin des traités de libre échange, en particulier la sanctuarisation de notre agriculture et de notre qualité d’alimentation, des mécanismes de régulation des prix pour garantir un revenu digne aux agriculteurs et des produits abordables de qualité aux consommateurs, une simplification administrative radicale des contraintes qui pèsent sur nos exploitants, l’accompagnement des jeunes qui s’installent, notamment en protection de nos terres face à la spoliation étrangère, en particulier chinoise.

Les Français ont beaucoup pardonné à Emmanuel Macron dans ses premiers mois. Espoir offert grâce à sa jeunesse, à son apparente nouveauté, à ses discours volontaristes. Ils lui ont pardonné son arrogance, son mépris de classe, son autoritarisme.

Ce temps est terminé, les élections européennes rappelleront à Emmanuel Macron que « la roche tarpéienne est proche du Capitole » jupitérien.