Je viens de rentrer de la 1ère séance de la nouvelle législature de l’Assemblée Nationale. En cette 4ème rentrée parlementaire pour moi, j’ai un regard plus distancié que la première fois. Il ne s’agit pas, bien sûr, de jouer les blasés mais simplement de prendre toute la mesure de l’immense décalage entre les attentes légitimes du peuple français à l’égard de la représentation nationale et la réalité du pouvoir des députés.

Au-delà des députés d’ailleurs, comment ne pas voir le même fossé entre l’espérance des Français et la marge de manœuvre réelle du nouveau Président de la République. 18 mois de campagne avec d’intenses débats d’idées à travers tout le pays et un Président qui, dès le premier jour de sa fonction va, malgré une volonté semble-t-il sincère d’en découdre, prendre dans les faits ses ordres à Berlin !

Dans une Vème République où le Parlement est profondément dépendant de l’exécutif par un effet de chaîne naturelle, la soumission du Président et du gouvernement à Bruxelles entraîne une dilution des pouvoirs et l’irresponsabilité générale.

Je vois arriver tous ces jeunes députés socialistes pleins d’espoir, aussi frais émoulus que je l’étais sans aucun doute en 1997 ou en 2002.

Certes, il ne s’agit pas de nier notre rôle, car heureusement le vote des lois et le contrôle de l’activité gouvernementale, ne laissent guère de répit aux Parlementaires. Mais il s’agit tout simplement d’être lucide sur l’impuissance publique et donc la nécessité absolue d’une part de rééquilibrer les pouvoirs du législatif et de l’exécutif et surtout de redonner à notre pays la maîtrise de son destin.

La coopération européenne, oui. La soumission à Bruxelles et Berlin, non.

A ceux qui en me lisant se diront peut-être que je radote, je veux rappeler les conséquences dramatiques à la fois économiques, sociales et politiques de cette perte d’indépendance nationale.

Sur le plan économique, désormais la France ne peut plus tricher avec elle-même. En acceptant la politique du franc fort puis de l’euro cher, celle du libre échange déloyal tout en appliquant les 35 heures, la France a nourri la désindustrialisation et l’endettement.

L’endettement a rendu indolore la contradiction fondamentale entre les engagements extérieurs et les comportements intérieurs.

Cette politique de fuite en avant dans la dette n’est plus possible et le gouvernement socialiste, faute de vouloir changer de politique européenne, va être obligé de présenter l’addition fiscale aux Français. Une addition fiscale qui va précipiter notre pays dans le cercle vicieux de la récession et du déclin, déjà expérimentée en Grèce, en Espagne et en Italie.

Les 120 milliards du plan de relance européen que le Président Hollande se vante d’avoir obtenus, ne sont en effet qu’un alibi destiné à masquer une capitulation totale face à l’Allemagne de Mme Merkel. Ces 120 milliards pèsent peu face à l’impact récessif des plans dits de stabilisation, en fin de compte acceptés par François Hollande.

Il ne s’agit pas pour moi de nier la nécessité de bien gérer nos comptes, mais, encore une fois, avec une monnaie unique plaquée sur des compétitivités différentes, on est sûr de voir notre pays perdre toujours plus d’emplois et devenir le parc d’attractions de l’Europe, laissant aux pays du nord la valeur ajoutée industrielle.

Voilà pourquoi, très vite, les Français comprendront en payant l’addition la folie de la politique économique suivie depuis 20 ans et l’urgence pour relocaliser l’emploi de retrouver notre monnaie nationale assortie d’un protectionnisme sélectif et d’une bonne gestion publique.

Les conséquences sociales de cette débâcle économique seront aussi de plus en plus lourdes. On ne perd pas un million d’emplois industriels sans dommages collatéraux. Pire, cette hémorragie continue, plongeant des régions entières et de plus en plus de salariés dans un véritable dénuement.

Quand la petite classe parisienne sortira-t-elle enfin des beaux quartiers pour parcourir nos campagnes et nos villes où le RSA et les petits boulots demeurent la seule planche de salut d’une grande partie de la population ?

Là aussi, le gouvernement socialiste fait preuve de naïveté en croyant que le simple « rééquilibrage fiscal » va résoudre les problèmes. Car ce qui est en cause, bien sûr, c’est la pauvreté de masse résultant de notre perte de compétitivité structurelle.

Les entreprises qui délocalisent perdent des talents, un savoir-faire, que la Nation risque de perdre définitivement. Or, il n’y a pas de pays libre sans une industrie forte.

La victoire électorale de François Hollande s’expliquait par la déception des Français à l’égard de Nicolas Sarkozy. En remplaçant la rigueur bleue par la rigueur rose sans soigner la cause du marasme économique et social, les socialistes se préparent la même défaite que l’UMP.

Les conséquences politiques seront donc très lourdes car les Français auront fait le tour du bipartisme. Seul le Front de gauche d’un côté, le FN de l’autre et les gaullistes républicains que nous sommes pourront leur offrir une voie alternative.

C’est la raison pour laquelle il est si fondamental de poursuivre le combat. Ne laissons à personne le monopole de la colère sociale et politique car l’enjeu n’est pas de la récupérer au profit d’aventures personnelles, mais de la mettre au contraire au service d'une cause beaucoup plus vaste et exigeante, la cause nationale qui vise comme jamais à reconstruire le pays pour offrir aux Français à nouveau une vie digne et paisible.

On le sent bien dans l'hémicycle, durant cette législature sonnera l’heure de vérité. L’Histoire avec un grand H se rapproche de nous tous à grands pas. Elle balayera les politicards, les esprits faibles et les gagne-petits.

Me revient une citation de Bernanos reçue tout dernièrement d'un habitant de ma circonscription : « l’espérance se conquiert. On ne va vers l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts et d’une longue patience. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore ».

Espérons simplement que la nuit de la France ne soit pas trop profonde pour retrouver la lumière.