Insérer par le travail, c’est tendre la main à une personne éloignée depuis longtemps de tout emploi du fait de sa situation personnelle, de son lieu de résidence, de son handicap ou encore de son manque de formation. Généralement, il s’agit d’un contrat à temps partiel au SMIC, ce qui dégage un revenu modeste mais supérieur aux minima sociaux. Ce dispositif n’est pas parfait mais il permet de redonner une activité et une dignité par le travail à des personnes qui veulent s’en sortir tout en effectuant de vraies missions d’intérêt général. Contrairement aux informations mensongères diffusées par le gouvernement, un contrat aidé n’est pas une impasse et augmente de 31 points la capacité d’un bénéficiaire à trouver un CDI (rapport de la DARES).

Depuis l’annonce choc du gouvernement, les associations, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les municipalités de toute étiquette politique se sont mobilisées partout en France pour demander à Edouard Philippe de revoir sa décision. La presse a relayé les nombreux exemples de communes rurales qui avaient dû décaler leur rentrée des classes ou assuré elle-même le service à la cantine des enfants suite à la perte d’un emploi aidé.

Ces rappels de la réalité démontrent l’utilité concrète des emplois aidés pour faire vivre les services publics de proximité dans des territoires dont les moyens financiers sont limités mais dont les besoins humains sont immenses. L’ensemble des activités d’une société durable et fraternelle ne peut se juger sur les seuls critères de rentabilité économique et financière. Notre civilisation ne peut se résumer ni une machine à fric ni un bilan financier. Elle repose aussi sur l’enrichissement qu’apporte l’ensemble des activités et des liens qui unissent nos concitoyens au-delà des rapports économiques. Au demeurant, qui va effectuer toutes les tâches remplies par les personnes en contrat aidé ? Ni les associations ni les collectivités territoriales n’ont les moyens d’absorber les couts d’un emploi normal.

Une fois encore, faute de s’attaquer aux vrais problèmes, le gouvernement sacrifie des programmes de long terme en sous-estimant les « coûts cachés » de telles décisions. Par exemple, si les cantines scolaires ne peuvent plus fonctionner pour le déjeuner, les parents devront récupérer leurs enfants, sacrifier leur travail et faire des trajets supplémentaires en voiture, des contraintes bien plus onéreuses pour les familles que le contrat aidé !

Fausses économies également car la personne licenciée touchera un RSA dont le coût est en réalité proche du salaire d’un emploi en insertion. Le gouvernement cherche donc à transférer des dépenses aux autres collectivités alors qu’il s’agit toujours de l’argent du contribuable. Or, pour une dépense semblable, ne faut-il pas valoriser une activité plutôt que le chômage ?

Le gouvernement Macron-Philippe ne comprend pas que la valeur travail doit être au centre de notre société. Chaque jour confirme que ces technocrates privilégiés raisonnent en dépit du bon sens parce qu’ils sont coupés des réalités vécues par les Françaises et les Français. Cette véritable caste croit être courageuse en s’attaquant aux plus faibles pour faire des cadeaux aux puissants. Si les finances de l’Etat sont si difficiles pourquoi offrir 3 milliards d’euros aux grandes fortunes en supprimant l’ISF ?

Le gouvernement condamne en parole les « politiques aveugles de rabot » mais ne cesse de les pratiquer. Il ne s’interroge pas sur les vraies mutations du marché du travail dans notre pays sous l’effet de la révolution numérique et de la mondialisation. Lors de l’élection présidentielle, j’ai défendu le « travail universel » pour sortir de l’opposition obsolète entre travail et assistanat.

Bien loin du « revenu universel » qui fait croire aux gens que l’on pourrait faire société en subventionnant l’oisiveté, le « travail universel » que je propose garantira à toute personne qui n’a pas d’emploi mais qui veut s’en sortir, une activité professionnelle dans des secteurs très utiles à la société mais peu rentables financièrement. Le salaire perçu pour ses activités viendrait en supplément des minimas sociaux et s’accompagnerait d’une formation professionnelle qualifiante.

La justice sociale, notre tissu associatif et la préparation de l’avenir imposent que la politique agisse sur les changements du monde en préservant les valeurs qui fondent notre civilisation. Les défis qui se présentent à nos sociétés sont immenses et méritent mieux que le mépris politicien du duo Macron-Philippe.