Saluons d’abord le profil de son auteur, un allemand qui a le courage de briser le tabou d’une Europe à l’allemande et un universitaire à l’intégrité morale comme scientifique au-dessus de tout soupçon.

Non, nous dit-il, le départ annoncé de la Grande-Bretagne du bateau-ivre bruxellois ne permettra pas une solution fédéraliste efficace à la « crise de l’Europe » à laquelle continuent pourtant de rêver tout éveillés les jusqu’au-boutistes de la supranationalité. Tout simplement parce que les obstacles véritables - les spécificités et les démocraties forcément nationales d’un côté, le dogmatisme irréaliste des institutions communautaires de l’autre - demeurent insurmontables et n’ont rien à voir avec la participation ou non de la Grande-Bretagne à l’UE.

Non, ajoute-t-il, l’UE n’est plus du tout populaire, contrairement à ce que voudraient faire croire en dépit du bon sens tant nos gouvernants compromis et aux abois, que les « Européen de profession » comme les appelle Streeck, eurocrates et faiseurs d’opinion de leurs amis. Il insiste : partout en Europe et même en Allemagne l’UE est désavouée, ce qui confirme d’ailleurs ce que l’on savait depuis 2005 mais que les « beaux esprits » s’évertuent à nier farouchement. Et l’Allemagne toujours, son propre pays, en porte une grande part de responsabilité à force d’avoir instrumentalisé ce fédéralisme autoritaire pour servir en sous-main ses propres intérêts, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’affaire des migrants – forcer les Européens à admettre des migrants par quotas automatiques est selon lui le moyen pour les gouvernants à Berlin de forcer les Allemands à accepter une immigration sans limite…

Il conclut donc, sans atermoiement aucun : « Les peuples européens vivant en démocratie attendent de leur gouvernement qu’il protège leur attachement à l’autodétermination nationale, y compris contre Bruxelles et, dans tous les cas, contre Berlin. C’est pourquoi une politique extérieure intra-européenne qui s’exerce dans le respect de la souveraineté nationale ne saurait être tout bonnement remplacée par une politique intérieure paneuropéenne centralisée. »

Et d’en appeler au plan B, fondé sur « l’Europe des nations », issu de la tradition française et du verbe gaullien, qu’il décrit comme la voie d’avenir pour l’Europe.

De Gaulle a confié un jour à Alain Peyrefitte que jamais les Français n’accepteraient la supranationalité européenne, laquelle ne pourrait que les conduire « dans la lune », c’est-à-dire dans le néant et l’impuissance. Les 25 dernières années ont semblé dire le contraire mais, ainsi que nous le rappelle Wolfgang Streeck, à l’heure où la folie fédéraliste tombe les masques l’Europe des nations reste la seule idée neuve de notre temps. Une idée, ce qui ne gâche rien, par excellence française, une idée issue de notre meilleure tradition de liberté et d’autodétermination des peuples !

Il revient particulièrement à Debout la France, formation politique héritière d’un gaullisme qui ne s’est pas renié pour des places, de mettre les bouchées doubles et triples pour que notre pays (re)devienne enfin le fer de lance de l’« Europe des patries », cette nouvelle frontière qu’il nous faut explorer et inventer pour reconstruire l’espoir, la paix et la prospérité en Europe…