Le peuple américain, la nation américaine, les institutions américaines manifestent un bel esprit de résilience et une grande confiance dans leur propre avenir. Souverains et libres, les Etats Unis savent que leur salut ne dépend que d’eux-mêmes. C’est sans doute le meilleur enseignement que les Français, à l’instar des autres peuples d’Europe, doivent tirer de cette élection.

Une fois encore, les élites européennes, bien plus que les peuples, ont les yeux rivés sur le résultat de ce scrutin, espérant au plus profond d’eux-mêmes que la solution à leur incurie viendra d’Outre-Atlantique. Cette démission politique et morale de nos dirigeants traduit un profond désarroi qui n’a d’égale que la suffisance qu’ils déploient à longueur de politiques inefficaces pour dissimuler leur démission.

Pourtant, force est de constater que le sort des nations d’Europe n’est pas dans les mains du nouveau président américain qui n’a cure du redressement de notre continent. Bien au contraire, Obama, aussi bien que Romney, sait que le succès de l’Amérique se nourrit de notre propre faiblesse.

A vrai dire, le seul enseignement que nous devons tirer des débats présidentiels sur notre avenir est que l’Europe et ses nations ont disparu des radars de l’Administration et du peuple américain. Nous n’existons plus aux yeux des Etats-Unis que comme un contre-exemple, un ensemble de peuples en déclin enlisés dans une Union Européenne qui ne crée que des problèmes aux solutions qu’elle prétend apporter.

L’Europe s’avère être une proie facile pour les Etats-Unis qui ont tôt fait de s’employer à reporter sur elle la responsabilité d’une crise qu’ils avaient pourtant seuls provoquée. Incapable de défendre son industrie, prisonnière d’une monnaie unique qui ne sert que les intérêts de la finance, L’Union Européenne est une victime expiatoire idéale qui sacrifie volontairement les intérêts souverains des peuples qui ont eu le tort de lui faire confiance.

C’est bien les peuples d’Europe qui paient la politique du dollar faible supportée par un euro artificiellement fort ; ce sont bien les peuples d’Europe qui financent les taux négatifs de l’abyssale dette américaine par les taux usuriers qu’ils sont acculés à payer pour les dettes européennes ; ce sont bien les peuples d’Europe qui subissent les coups d’un libre-échange criminel depuis longtemps abandonné par l’administration américaine. L’Union européenne n’est devenue que la variable d’ajustement d’un « allié » dont le comportement nous dispense d’avoir des ennemis.

La faute pourtant n’est pas du coté américain, nation qui sait défendre son propre intérêt, mais bien du nôtre qui nous sommes volontairement et naïvement abandonnés à ses desiderata. Dans les années 1930 déjà, la France cherchait vainement son salut dans l’alliance américaine. Au Congrès de Versailles, Clémenceau se perdait dans la recherche d’un soutien de Washington qu’il savait aussi indispensable que vain.

Une nation a toujours tort de mettre son destin dans les mains d’un autre, surtout quand ce dernier est puissant. La solution à la crise que nous traversons ne viendra ni des Etats-Unis ni, d’ailleurs, d’Allemagne ou de Bruxelles. Leur aide et leur coopération sont évidemment précieuses, mais seul le peuple Français, à l’instar de tous les peuples d’Europe, possède la clé de son propre destin.

Si nos élites détournent leur regard et leur confiance du peuple français, c’est à ce dernier de reprendre sa liberté. C’est libre que la France pourra relancer le rêve national qui doit habiter chacun d’entre nous, c’est souveraine que la France pourra aux cotés des autres nations d’Europe, bâtir un projet qui affirmera le retour de notre continent dans une Histoire que jamais elle n’aurait du abandonner.