Le Président de la République a rappelé, bien sûr, que tout soldat connaissait à l’avance la part de risque liée à son engagement. Il a rendu hommage à leur don de soi.

Au premier rang les familles meurtries et tout près l’ensemble des dirigeants politiques français qui, au-delà de l’émotion partagée, ne pouvaient que réfléchir au sens de cet engagement français en Afghanistan.

Car, si l’on sait que tout soldat est prêt à mourir au combat pour la France, on ne peut manquer de s’interroger sur le pourquoi de la présence de nos troupes combattantes dans ce pays.

Autant j’avais approuvé l’envoi de forces spéciales au lendemain de l’attentat du Word Trade Center pour démanteler Al-Quaïda, autant je me suis toujours opposé au changement de nature de leur mission et à l’augmentation du nombre de soldats à compter de 2008, lors de la réincorporation complète de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN.

Ce n’est pas remettre en cause le sacrifice de nos militaires que d’oser s’interroger sur la manière dont a été conduite cette guerre en Afghanistan.

Chacun peut relire mes déclarations de l’époque où j’avais mis en garde le gouvernement sur la capacité de résistance du peuple afghan que ni les Anglais au XIXème siècle, ni les Russes plus tard n’avaient réussi à dompter.

Je me souviens notamment d’une Commission de la Défense où, avec Jacques Myard, nous étions les 2 seuls à annoncer tout ce qui s’est malheureusement produit.

Je me souviens encore d’une autre séance de cette Commission où j’avais demandé à Hervé Morin, ministre de la Défense de l’époque, de redéployer nos troupes vers le Sahel, là où le risque de terrorisme et la force d’Al-Quaïda constituent un vrai danger pour la France.

Nos soldats ont donné leur vie pour notre pays. Les dirigeants politiques doivent la vérité aux familles et c’est l’exigence de l’homme d’Etat que d’engager notre armée dans des missions où prime le seul intérêt qui vaille, l'intérêt supérieur de la France.

C’est pourquoi d’ailleurs, le Général de Gaulle avait toujours revendiqué l’indépendance absolue de la politique étrangère et de défense qui est la condition de l’adhésion totale de la Nation au sacrifice de ses soldats.

En ces temps d'incertitude quant à l'avenir de notre doctrine de défense, il est indispensable que nos dirigeants ne l'oublient pas.