1) Le sursaut démocratique.

Le peuple grec a très largement soutenu son Premier Ministre en disant Non au nouveau plan d’austérité proposé par Bruxelles. L’ampleur de ce NON a surpris tous les observateurs et démontre le courage des Grecs qui n’ont pas cédé au chantage, à la peur, ni à la menace des dirigeants de toute l’Europe.

Après 5 ans d’une cure d’austérité inouïe qui a vu le Produit Intérieur Brut passer de 242 milliards d’euros en 2008 à 179 milliards d’euros en 2014 et le chômage atteindre 27% de la population active, le peuple a su trouver l’énergie en lui-même pour briser ses chaînes et recouvrer sa liberté.

On comprend dès lors pourquoi les dirigeants européens ne voulaient à aucun prix d’un référendum dans ce pays - comme d’ailleurs dans les autres.

Le vrai visage de l’Union européenne apparaît : une technostructure financière profondément anti démocratique qui ne se maintient que par la confusion sciemment entretenue, par médias interposés, entre cette organisation et l’idéal européen.

Mais les peuples ont compris cette escroquerie intellectuelle et savent au fond d’eux-mêmes que l’Union européenne défigure l’idéal européen. A cet égard, la plupart des commentaires des éditorialistes étaient affligeants tant ils rejetaient le principe fondateur de notre société qui s’appelle tout simplement la démocratie, le respect de la souveraineté populaire c’est-à-dire du suffrage universel.

2) L’instant de vérité pour la zone euro

Avec ce vote, le Premier Ministre grec bénéficie d’une légitimité renouvelée. Il souhaiterait pouvoir renégocier à Bruxelles un plan d’étalement des dettes permettant à son pays de redémarrer et d’éviter les effets contreproductifs des précédents plans d’urgence.

Le gouvernement grec n’a malheureusement qu’à moitié raison. Il dit vrai sur l’indispensable rééchelonnement de la dette mais il oublie que le vote grec ne concerne que la Grèce et ne saurait engager les autres contribuables.

Du côté allemand, le peuple bien évidemment n’entend pas un instant poursuivre les plans d’aide. Mme Merkel a certes une vision totalement erronée des pays du Sud. Mais il reste qu’elle est, elle aussi, la représentante légitime de son peuple.

Ce choc frontal entre 2 logiques démocratiques également légitimes prouve qu’il n’y a pas de conscience et de peuple européen. L’entente européenne ne procède pas d’une fusion mais d’une négociation. Comme le disait le général de Gaulle : « on ne fait pas une omelette avec des œufs durs ».

L’Europe est composée de vieilles Nations qui peuvent travailler ensemble autour de projets communs mais qui ne peuvent pas vivre avec la même monnaie car leurs compétitivités sont profondément disparates et il n’y a pas de budget fédéral compensateur.

Ce qui devait arriver arrive donc, presque fatalement. Après avoir triché avec les faits pendant des années pour le plus grand malheur des Grecs, qui ont souffert inutilement, et des contribuables des autres pays, qui risquent de payer l’addition que les banques privées leur ont habilement refilée, les gouvernants européens se retrouvent au pied du mur !

Dans ce contexte, la France est lamentablement absente car sa position est totalement incohérente. François Hollande fait honte à notre pays qui, sur un sujet aussi décisif pour l’avenir du continent, n’émet aucune proposition. En vérité, la chimère de l’euro s’évanouit devant nous et le Président de la République ne veut pas l’admettre.

Soyons francs, Nicolas Sarkozy a été tout aussi ridicule samedi mais d’une autre façon, en pronostiquant le départ de Tsipras et en insultant le peuple grec.

3) La seule solution

Il n’est pas possible d’accéder à la demande des Grecs et de verser toujours plus d’argent dans un puits sans fond. Il serait, à l’inverse, scandaleux et dangereux d’humilier le peuple grec en jetant dehors brutalement ce pays de la zone euro comme le veulent les Allemands.

Il ne reste qu’une solution : organiser une sortie en douceur de la Grèce de la zone euro. Cela passe par un rééchelonnement à très long terme de cette dette qui permet à l’économie grecque de redémarrer et une dévaluation pour doper ses entreprises. Il n’y aura aucun chaos et la Grèce pourra enfin voler de ses propres ailes comme le font d’ailleurs les 10 pays de l’Union européenne qui ne sont pas dans l’euro.

La France s’honorerait de proposer cette solution qui sauverait la Grèce et rassurerait les contribuables. Je remarque d’ailleurs que Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé, après tant d’années d’errance, rejoignent ma proposition.

4) Le démontage de la zone euro commence

Les idéologues de l’euro, qui ont mis en œuvre cette monnaie économiquement contreproductive pour imposer une Europe fédérale, ne voulaient surtout pas d’une sortie de l’euro de la Grèce de peur d’ouvrir le chemin à d’autres Nations.

Les Européens vont découvrir que le chaos annoncé était imaginaire mais ils vont comprendre les bienfaits d’une monnaie qui correspond à la productivité de son pays. Le Portugal, l’Italie, l’Espagne puis la France vont donc progressivement comprendre l’intérêt d’une sortie de l’euro.

Aujourd’hui le choix est simple : soit l’on continue avec l’euro et les Nations européennes vont se déchirer et s’appauvrir un peu plus, soit on organise en douceur le démontage de la zone euro en passant de la monnaie unique à la monnaie commune, et l’on sauvera l’Europe.

Il ne s’agit en rien d’un retour en arrière mais simplement du refus lucide de continuer à se taper la tête contre les murs.

Quand on est dans une impasse, il faut savoir prendre un autre itinéraire. Cela n’a rien de déshonorant !

A l’égarement dans le mythe dangereux d’une Europe supranationale qui ne marche pas, je préfère la construction concrète d’une Europe des Nations, des démocraties et des projets à la carte.

Voilà, in fine, la question que pose la journée historique du 5 juillet 2015.