Le premier enseignement du psychodrame bruxellois d 'hier est une fois encore que l'UE ne supporte pas la démocratie, qui résulte d'abord de la volonté populaire exprimée par les urnes. Dès que Tsipras a annoncé la tenue d'un référendum dimanche prochain, une avalanche de critiques et de désaveux s'est abattue sur lui. Cela ne peut plus surprendre après les précédents gravissimes des référendums rejoués jusqu'à ce que la « bonne » réponse sorte du chapeau (Danemark, Irlande, etc.) et du piétinement parlementaire en France du non à la Constitution européenne. Mais comment ne pas y voir l'expression de l'autoritarisme foncier de l'Allemagne appliquée à une UE qu'elle domine ? Comment ne pas voir que ce pays, certes dans les limites du droit, ne connaît que l'obéissance à la hiérarchie et qu'il récuse toute forme d'insoumission ?

Or, l'insoumission est le trait de caractère fondamental, identitaire, de la France dont l'événement fondateur reste par excellence 1789 ! La France se renie en cherchant à ressembler à sa voisine, en lui obéissant aveuglément. Pire, elle se déshonore, ouvrant, y compris chez elle, des autoroutes électorales à la colère et au ressentiment.

Cet autoritarisme est qui plus est mis au service d'un système qui n'est pas viable et qui a conduit à une succession de fautes irréparables.

Première d'entre elles, nos dirigeants ont décidé il y maintenant 5 ans de sauver la mise aux banques exposées en Grèce en présentant la note aux contribuables : ils ont alors voulu faire croire qu'il s'agissait de sauver ce pays au bord de la ruine, mais il s'agissait en fait de sauver à la fois des banques prédatrices et, surtout, une monnaie unique apparaissant tout à coup dans toute sa fragilité. La preuve, sur les 310 milliards d'euros mobilisés alors, 270 ont servi à renflouer les banques... J'ai, avec d'autres, combattu ces mesures, dénonçant que l'on fasse ainsi les poches des Français pour porter à bout de bras un système fatalement promis à la désintégration. Mais ces messieurs, drapés dans leurs certitudes pleines de morgue, n'ont rien voulu entendre...

Deuxième erreur, l'UE n'a même pas mis à contribution cette manne pour sauver l'économie grecque. Au contraire, elle a organisé l'asphyxie d'Athènes en aggravant sans cesse son insolvabilité. Mais a-t-on jamais vu un créancier empêcher son débiteur de le rembourser ? ! Le FMI lui-même, qui n'a pas été en reste pour presser le citron jusqu'à la peau, a finalement admis ces derniers jours qu'il était allé trop loin : il a reconnu que ses calculs étaient entachés d'erreurs, le poussant à précipiter le pays dans une récession toujours plus infernale...

Troisième erreur, les dirigeants européens sont parvenus à faire sortir de ses gonds le Premier ministre grec alors même qu'il était prêt, au prix de reniements électoraux lourds de danger pour sa popularité intérieure, à faire de douloureuses concessions. Quelle illustration la plus flagrante que l'autoritarisme mène à l'aveuglement et à la déconnexion de la réalité ?

La quatrième et dernière erreur est en réalité la première : jamais les dirigeants européens n'ont voulu admettre ce que l'ensemble des experts et observateurs sensés – rejoints tout dernièrement par VGE lui-même ! - de la tragédie grecque n'ont eu de cesse d'affirmer : à savoir que la sortie en douceur de la Grèce de l'euro devait avoir lieu pour arrêter les frais et limiter la casse ! Pourquoi ? Tout simplement encore une fois car ce serait devoir reconnaître l'inanité de l'euro monnaie unique décalquée du deutschemark. Et confesser une erreur majeure sur laquelle ont été bâties tant de carrières politiciennes... Comme disait Einstein : « Ne comptez pas sur ceux qui ont créé des problèmes pour les résoudre. »

Aujourd'hui comme il y a cinq ans, seul un plan en trois étapes peut encore nous sauver d'une catastrophe aux conséquences inimaginables :

  • Un rééchelonnement de la dette de la Grèce qui permette le rebond de son économie.
  • La sortie ordonnée de l'euro de ce pays, même si la population ne le veut pas, pas plus qu'une personne surendettée ne voudrait qu'on ferme le robinet du crédit dont elle profite. Il faudra, au-delà, envisager une réforme profonde de la coopération monétaire en Europe car l'euro dans sa forme actuelle n'y survivrait pas, pas plus qu'il ne survivrait à un Grexit.
  • Permettre ainsi aux contribuables français de revoir un jour une partie de leur argent qui a été si inconsidérément déversé dans le tonneau des Danaïdes grec. Le Grexit qui pend aujourd'hui au nez de l'UE par sa propre faute représente une perte de 40 à 70 milliards pour la France, tandis qu'un rééchelonnement de la dette pourrait permettre à notre pays de récupérer, à terme, quelques dizaines de milliards, ce qui serait mieux que rien...

La France, victime complice de cet immense gâchis, doit enfin cesser de se renier et de renier ses responsabilités internationales en Europe : elle doit assumer son rôle de contrepoids politique face à Berlin. Sa soumission actuelle à l'Allemagne, outre qu'elle rappelle de noirs souvenirs, ne rend service à personne : ni à elle-même, ni à l'Allemagne, ni enfin à l'Europe. Il est plus que temps de se ressaisir...