Souvenez-vous, mardi 31 mars, Emmanuel Macron était en visite à Saint-Barthélémy d'Anjou, à l'usine Kolmi-Hopen qui fabrique, notamment, des masques FFP2.

Lors de cet exercice de pure communication, le Président a appelé de ses voeux une relocalisation industrielle sur le territoire national, ce qui est un revirement complet de ses positions idéologiques et une condamnation sans appel de l'ensemble de son oeuvre politique. Mais chez l'homme du "en même temps", les contradictions sont constitutives des lignes politiques et il faudrait être vraiment optimiste pour parier sur la constance d'Emmanuel Macron en matière de patriotisme industriel.

Mais cette visite angevine a aussi été l'occasion pour le Président de la République de réitérer sur un ton péremptoire son obsession du moment : Que, surtout, personne ne se permette de critiquer son action ou celle du gouvernement ! "Ceux qui (...) cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n'avons pas gagné la guerre, sont irresponsables".

Alors que nous ne disposons pas en quantités suffisantes de gel hydro-alcoolique, de masques, de respirateurs, de lits d'hôpital... Il serait interdit de s'interroger sur la méthode Macron !

Interdit de se demander comment nous pouvons subir une telle pénurie alors que la France représente 1% de la population mondiale et 15% des dépenses de santé.

Interdit de s'interroger sur les raisons qui font que l'Allemagne réalise 500 000 tests par semaine quand la France n'en fait que 30 000. Interdit de reprendre le Ministre de la Santé, Olivier Véran, lorsqu'il déclare, en début de semaine, "il n'y a eu aucun retard, l'anticipation a été absolue" face au COVID-19.

Interdit de remettre en cause l'efficacité du Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Interdit de rappeler son action passée, alors qu'il était conseiller de Marisol Touraine (Ministre de la Santé sous François Hollande). Il a décidé, en accord avec la Ministre, de la libéralisation de la gestion des stocks de masques et -pour ne plus avoir à maintenir ces stocks- il a opté pour une entrée en dépendance totale de la production chinoise. "L'idée ce n'était plus d'avoir des stocks gigantesques mais de pouvoir en faire fabriquer rapidement en Asie", résume un ancien conseiller de Marisol Touraine. Un autre abandon de la souveraineté nationale en matière sanitaire...

Interdit de s'interroger sur l'utilité de la porte-parole du gouvernement, Sibeth N'Diaye, qui s'est déjà illustrée en assumant "mentir pour le Président", qui avait envoyé à un journaliste, le texto aussi imbécile qu'irrespectueux "Yes, la meuf est dead" pour confirmer la mort de Simone Veil; et qui nous explique que, si l'on n'avait pas fourni de masques de protection aux Français, c'est parce qu'ils ne sauraient pas les mettre !

Interdit de commenter les mots d'Emmanuel Macron qui déclarait, le 12 février dernier, en s'adressant à sa majorité, engluée dans ce lamentable épisode du deuil parental : "Soyez fiers d'être des amateurs !". En dehors du fait que la formule présidentielle relevait elle-même davantage de l'amateurisme que de la réflexion inspirée, elle résumait une grande partie des problèmes politiques qui se posent à la France depuis l'élection d'Emmanuel Macron et, plus nettement encore, depuis le début de la crise du COVID-19.

Le Président de la République a répété à de nombreuses reprises que nous étions en guerre, uniquement pour imposer l'idée d'une union sacrée derrière sa personne. Mais Emmanuel Macron n'est pas un chef de guerre. En dehors du fait qu'il a, à la suite de nombreux autres, abandonné l'idée de souveraineté nationale et -c'en est une conséquence- les hôpitaux, les industries, l'agriculture... il ne saurait passer pour un chef de guerre. Il n'est que l'auxiliaire zélé de la loi du marché qui consiste à "laisser faire, laisser passer". La fermeture des frontières, seule protection des peuples libres, lui est toujours apparue comme un insupportable retour à l'ancien monde, dont il souhaite la destruction définitive. Sa passion des frontières ouvertes lui a même fait proférer de dangereuses inepties, telles que : "Le virus n'a pas de passeport", comme si le COVID-19 voyageait librement, sans être transmis par des individus qui -eux- ont des passeports ! La courte vue d'Emmanuel Macron le pousse à dire : "Nous ne renoncerons à rien (...); Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes des soirs d'été", le 11 mars, c'est-à-dire six jours avant le confinement. Si "gouverner, c'est prévoir", alors le pouvoir actuel ne gouverne pas. Il se réfugie derrière des collèges d'experts, qui ne sont pas tous d'accord entre eux, et qui permettent au Président et au gouvernement de s'exonérer de toute responsabilité.

"L'action, ce sont des hommes au milieu des circonstances", écrivait le Général de Gaulle, qui ne s'est pas appuyé sur un groupe d'experts pour lancer son appel à la Résistance, le 18 juin 1940. Les circonstances actuelles nous montrent qu'Emmanuel Macron est l'homme de l'inaction, de la mauvaise foi et de l'autoritarisme.