Cet épisode regrettable avait conduit Pierre de Villiers à démissionner. Un geste de dignité et d’exemplarité salué comme tel par l’opinion et nos armées, choquées à juste titre des méthodes d’Emmanuel Macron.

La crise entre l’Elysée et les armées était d’autant plus grave que les propos tenus devant la représentation nationale par Pierre de Villiers étaient totalement justifiés.

Alors que le candidat Emmanuel Macron s’était engagé à ce que le budget de la Défense atteigne les 2% en 2022, hors pensions et OPEX afin de ne pas fausser la réalité des moyens nouveaux alloués, le Président du « nouveau monde » sacrifiait notre armée comme ses prédécesseurs en gelant 800 millions d’euros de crédit dès 2017.

C’est donc avec impatience que nous attendions de savoir par les vœux du Président s’il allait vraiment respecter ses engagements et si le budget de la Défense atteindrait bien les 2% en 2022.

Hélas, nous sommes finalement loin du compte

Naturellement, la « com » du Président de la République et sa reprise médiatique font toujours illusion. Sûr de lui, déterminé, le Président a les mots pour faire croire au monde entier qu’il fait ce qu’il dit en parole alors que les actes ne suivent pas.

Sur le papier, les intentions d’Emmanuel Macron sont parfaites puisqu’il a repris l’essentiel du projet pour l’Armée préparé et défendu par son ancien Chef d’Etat-Major : modernisation des forces de dissuasion, amélioration des matériels et des équipements plutôt que des grands programmes, amélioration du rapport qualité/prix de certains fournisseurs, ouverture pour de nouveaux projets de défense entre industriels européens…

Malheureusement, les moyens ne suivent pas ces projets ambitieux. Tout d’abord, l’objectif d’atteindre les 2% du PIB est décalé de 2022 à 2025 ! Le Président actuel fait donc des promesses que devra tenir son successeur ! Il est vrai que ce sera sans nul doute un Président patriote qui sera alors en place et qui donnera effectivement ces nouveaux moyens à nos troupes…

Plus précisément, le budget augmentera de 1,7 milliard d’euros par an jusqu’en 2022, passant de 32,5 milliards d’euros en 2017 à 41 milliards sous Emmanuel Macron… Pour atteindre les 2% du PIB, il aurait fallu augmenter ce même budget annuel de 50 milliards d’euros et donc doubler l’effort. Emmanuel Macron en a d’ailleurs bien conscience puisqu’il s’est engagé à passer à 3.3 milliards d’augmentation à partir de…2023 alors qu’il ne sera plus à l’Elysée !




Ce premier manquement aux promesses du Président est doublé d’un tour de passe-passe financier. Ce qu’Emmanuel Macron ne dit pas clairement, c’est que la hausse de 1.7 milliards d’euros par an n’est pas un gain net pour notre armée mais intègre des impayés et des factures déjà existantes qui étaient affectées dans d’autres budgets. Pour être précis, ce sont 1,2 milliards d’engagements hérités des années François Hollande ainsi que l’intégration de 300 millions d’euros d’OPEX qui étaient comptabilisés ailleurs.

Au final, le vrai gain net pour nos armées n’est plus de 1.7 milliard d’euros par an mais de seulement 200 millions… Nous sommes bien loin du compte !

Dernier reniement, le service militaire universel. Emmanuel Macron s’était clairement engagé à rétablir un service militaire ou civique obligatoire qui permettrait à nouveau de créer ce lien puissant entre les Français d’une génération entière et la Nation. Ce projet est donc mort-né, je le regrette car rien ne pourra le remplacer et sûrement pas le succédané qu’on nous prépare.




On comprend hélas bien que ces effets d’annonce ne sont pas à la hauteur des enjeux. La très modeste hausse réelle des budgets ne permettra pas de relever les défis énoncés par le Président de la République lui-même. Je regrette que sur un thème aussi vital, Emmanuel Macron ait encore une fois choisi la « com » et la politique politicienne au lieu d’acter une vraie de rupture. Non seulement ces manipulations budgétaires sont dérisoires mais elles sont indignes des sacrifices que nous demandons à nos armées. Ces choix sont au demeurant irresponsables et dangereux car la France est plus que jamais exposée à des menaces nouvelles qui demandent l’engagement plein et entier de la Nation.

Je sais qu’Emmanuel Macron a prétendu un jour que le conflit contre Daech était fini et gagné. C’était faux et nous sommes plus que jamais en guerre contre le terrorisme qui est très loin d’être vaincu. Au surplus, nous savons tous que les grandes puissances s’arment à nouveau et qu’hélas, le XXIème siècle ne sera au mieux, qu’une paix lourdement armée.