La Suisse et le Luxembourg, en particulier, deux petits Etats situés aux frontières mêmes de la France, ne se privent pas d’inquiéter nos ressortissants qui ont osé, ô sacrilège, révéler au grand jour leur vraie nature : celle de pays-voyous prêts à tout pour faire les poches de leurs voisins.

Après Hervé Falciani qui, à plusieurs reprises et dans de rocambolesques circonstances, a échappé de peu aux demandes d’extradition de la Suisse, les cas de Pierre Condamin-Gerbier et Antoine Deltour, dans le collimateur respectivement de Berne et du Grand-Duché, doivent être signalés. Le premier a été condamné en Suisse en décembre dernier, au terme d’une procédure négociée avec les autorités helvètes, tandis que le second a été inculpé par la justice luxembourgeoise pour un « vol » de données au cabinet PWC, son ancien employeur.

Antoine Deltour a souligné combien il n’était pas le seul à briser l’omerta de ces systèmes d’évasion fiscale en bande organisée, auquel le gouvernement grand-ducal lui-même a mis la main pour priver ses voisins de légitimes recettes fiscales. On s’en souvient, le principal responsable officiel de ces magouilles n’est autre que Jean-Claude Juncker lui-même, Premier ministre à l’époque des faits et aujourd’hui Président de la Commission de Bruxelles. Une Commission de Bruxelles qui se fait fort de lutter contre ces pratiques déloyales et « anticoncurrentielles ». Compte tenu de l’identité de son Président, qui émarge lui-même à plus de 30 000 euros par mois (plus que le président des Etats-Unis !), qu’il soit permis de juger sur pièce le résultat de cette improbable croisade…

En attendant, comment accepter une seule seconde de plus que la France n’agisse pas pour fermement dissuader les parasites fiscaux concernés d’inquiéter plus longtemps nos lanceurs d’alerte ? C’est une question de dignité nationale bien sûr, mais aussi d’élémentaire justice : car qui peut sérieusement prétendre poursuivre celui qui abuse un voyou pour le dénoncer aux autorités ? Liberté pour nos lanceurs d’alerte ! Et que la Suisse et le Luxembourg adoptent la seule ligne de conduite qui puisse sauver le peu de moralité qui leur reste : qu’ils se murent dans le silence et se fassent oublier pendant quelque temps…