Dans ce cas d’espèce, il va de soi qu’Arnaud Montebourg a totalement raison. Qu’importent ses arrières pensées éventuelles, ce qui compte c’est de mettre fin au chantage inacceptable d’une multinationale qui veut profiter de sa situation de monopole privé.

Mittal a le droit de vouloir gagner de l’argent, mais l’Etat a aussi le devoir de dire stop quand cet appât du gain met en cause l’indépendance nationale et aboutit à la disparition programmée d’une industrie aussi stratégique.

Car dans cette affaire que je connais bien pour m’être rendu à de nombreuses reprises en Lorraine sur les sites sidérurgiques, l’objectif de Mittal est de se désengager d’une partie de Florange tout en prenant soin d’éviter l’arrivée de tout concurrent. Preuve s’il en était besoin que le site reste rentable même s’il ne donne pas une marge aussi élevée que d’autres. Bref, ce capitalisme de prédation vise avant tout à tuer la concurrence en liquidant une partie de l’outil de production.

La position de M. Montebourg est juste : soit Mittal accepte de céder l’ensemble des activités du site et une reprise sera possible, soit Mittal refuse et il faut, bien évidemment, nationaliser temporairement le site pour trouver une issue pérenne au site de Florange.

Si je suis le premier à critiquer la politique économique suicidaire du gouvernement, je n’ai aucun mal à reconnaitre quand une décision d’un ministre va dans le bon sens. C’est pourquoi Debout la République apporte tout son soutien au projet de nationalisation provisoire du site de Florange.

Je rappelle une fois de plus qu’en 2006 j’ai été l’un des seuls à mettre en garde la représentation nationale et le gouvernement du danger que représentait la cession d’Arcelor au groupe Mittal : perte d’indépendance, délocalisation des centres de décision, pillage des brevets.

Je me souviens encore des couvertures dithyrambiques du Magazine le Point sur le génie indien qui allait nous sauver. Derrière cette offensive médiatique, il y avait la célèbre Anne Méaux et son cabinet de lobbying, symbole de ces apatrides toujours prêts à servir les plus puissants qui jouent contre l’intérêt général mais paient grassement ses serviteurs.

A la même époque, en Allemagne, l’industrie automobile et l’industrie sidérurgique sous l’égide de la chancellerie travaillaient ensemble pour éviter de pareils scénarios.

Combien de Mittal ces dernières années, à cause de la mollesse ou du renoncement de nos gouvernants ? Combien de Péchiney, d’Alcatel, etc. nous faudra-t-il encore pour qu’enfin le microcosme comprenne l’ampleur du péril qui nous menace ?

A cet égard, le sursaut incarné par Arnaud Montebourg face à Mittal, dont on attend qu’il aille jusqu’à son terme, doit être l’occasion d’une prise de conscience réelle et profonde quant à la nécessité de renouer avec une ambitieuse politique industrielle, loin des errements de la décennie 2000.

Bien évidemment, la compétitivité de nos entreprises ne peut pas reposer que sur des interventions publiques ponctuelles. D’ailleurs, arrêtons de confondre quelques grandes entreprises et le tissu industriel qui doit être favorisé par une politique de l’offre intelligente.

La nationalisation, même temporaire du site de Florange, sera contre-productive si le gouvernement ne se décide pas à changer l’orientation de sa politique économique. Baisse des charges, démontage de l’euro, rétablissement de la loyauté de l’échange, soutien à l’innovation, simplifications administratives, capital-formation tout au long de la carrière professionnelle, font partie du bouquet de nos solutions pour redresser notre industrie sur le long terme.

Mais derrière ce dossier de Florange, il y a une question simple : le pouvoir politique a-t-il encore le droit de défendre l’intérêt national ?

Tous les gaullistes et patriotes, où qu’ils soient, doivent répondre oui massivement ! N’en déplaise à Mme Parisot.