Quand Jean-Marc Ayrault est venu dans les quartiers nord proposer un « plan global » de redressement, on y a cru. Il ne s’est rien passé. Quand Manuel Valls a échappé de justesse à un guet apens à La Castellane où les voyous s’étaient donné rendez-vous pour en découdre à la kalach, il a promis que les fauteurs de trouble seraient neutralisés et que les habitants pouvaient enfin respirer. Le trafic a repris de plus belle le soir même.

La vérité c’est que les trafiquants de drogue se moquent comme d’une guigne de la police car ils savent désormais qu’ils n’ont plus rien à craindre : ils disposent d’armes de guerre, de voitures surpuissantes et d’hommes aguerris prêts à tirer dans le tas alors que la police n’est pas formée pour des actes de guerre ou de guérilla urbaine, que ses voitures sont poussives ou hors d’âge et que leurs fusils d’assaut sont cadenassés dans une boîte enfermée dans le coffre de leur véhicule pour riposter en cas d’attaque terroriste. « Quand tu es seul face à une kalach, tu ne joues pas au héros », confie un policier de la brigade anti-criminalité.

Bref, le combat est inégal. On vide l’océan à la petite cuillère. Jadis, quand les cités étaient encore fréquentables, avant l’immigration massive, les voyous se tenaient à carreau. Ils savaient que s’ils se faisaient attraper, ils allaient dérouiller. Cette époque est révolue. Non seulement les voyous ne craignent plus la police mais ils savent que s’ils écopent de deux ans de prison au tribunal, ils ne mettront pas un pied en prison. Peut-être réfléchiraient-ils davantage si les peines étaient plus sévères. Car il n’y a pas de fatalité : la police française a mis trois ou quatre ans avant de venir à bout de la French-Connection dans les années 70 grâce à une brigade des stups renforcée par deux cents « soldats » venus des autres régions de France et dont la mission était claire : il faut neutraliser les trafiquants d’héroïne qui inondent de drogue le marché américain. Aidés efficacement par le gouvernement américain, les policiers français ont réussi là où ils échouent aujourd’hui…parce qu’il n’y a en réalité aucune volonté politique d’en finir.

Si les politiques voulaient vraiment éradiquer le trafic qui génère des bénéfices faramineux aussitôt réinjectés dans l’économie réelle, donc « blanchis » au vu et au su de tous, ils appliqueraient un plan de répression très simple en trois points :

On surveille les entrées des quarante ou cinquante cités gangrénées par le trafic de stupéfiants à Marseille et on contrôle systématiquement les toxicomanes qui viennent s’approvisionner comme au supermarché. Lorsque ces toxicomanes auront été placés vingt quatre heures en garde à vue et qu’au lieu de leur signifier un rappel à la loi qui ne leur fait ni chaud ni froid, on les présentait devant un tribunal qui les condamnerait à une peine de un an de prison et à une amende de 3750 euros, ainsi que le prescrit l’article L3421-1 du code de la santé publique, ils réfléchiraient à deux fois avant de pointer leur nez dans les cités de la came. Tant qu’on ne harcèlera pas les toxicomanes, les fameuses opérations « coups de poing » ne seront que des emplâtres sur des jambes de bois. C’est la stratégie du tarissement à la source : on affaiblit le trafic en éliminant les clients.

Les opérations de contrôle et de sécurisation ne servent à rien. Les voyous se cachent quelques jours ou bien ils déplacent leur réseau dans l’immeuble mitoyen ou la cité voisine. Et ça repart comme en l’an quatorze. Ce qui serait utile, en revanche, c’est de décréter l’état de siège lorsqu’une cité comme la Busserine est victime d’une intrusion spectaculaire digne du far-west. Ne croyez pas que la dizaine de « Ninjas » qui ont « rafalé » tous azimuts à la kalach après leur dérapage contrôlé sont venus simplement montrer leurs muscles : ils ont réussi leur opération d’intimidation, et sur la population, et sur les trafiquants qui auraient des velléités d’OPA hostile sur « leur » plan de deal. L’armée serait évidemment la bienvenue pour neutraliser tous les accès et passer au peigne fin tous les appartements. Les perquisitions seraient fructueuses…

On instaure une législation d’exception : vingt ans fermes pour tout trafiquant pris en flagrant délit. Les vocations seraient moins nombreuses, mais on se heurte là à la culture socialisante des magistrats qui estiment que les trafiquants sont des victimes d’un ordre social injuste, des victimes de la société. Il faut les comprendre ces braves petits, c’est pas leur faute…Cette culture de l’excuse sociale permet aux enfants des cités de devenir des monstres incontrôlables. Qu’attend-on pour sévir ? Une nouvelle scène de western avec des morts à la pelle ? Et qu’attend pour pénaliser par la même occasion les élites qui racontent à tire larigot qu’une « fumette » n’a jamais fait de mal à personne, accréditant ainsi l’idée que l’usage des stupéfiants doit être légalisé ! Comme si l’usage des drogues n’était pas légal depuis plus de trente ans à Marseille puisqu’on laisse les toxicomanes s’approvisionner comme si de rien n’était ?

Dans la réalité, les toxicomanes ne risquent plus rien, l’état de siège est proscrit car les élus craignent en permanence « l’effet d’émeute » et les violences urbaines qui pourraient se généraliser dans la ville et la législation d’exception est considérée comme inopérante. Quant aux fins limiers du service régional de police judiciaire qui pourraient s’infiltrer dans les cités et fournir des renseignements utiles sur les trafics en tous genres, on ne leur permet pas de pénétrer dans ces bastions de la drogue où règnent l’omerta et la terreur. Bref les trafiquants triomphent au vu et au su de tous.

L’impuissance des pouvoirs publics et des élus pour rétablir l’ordre républicain est telle aujourd’hui qu’on peut se demander s’il ne serait pas judicieux de recourir à des « barrages citoyens ». Il s’agirait de mobiliser des citoyens, non pas pour faire la police, ils n’en ont pas le droit, mais pour venir eux-mêmes dissuader les toxicomanes de s’approcher des bastions de la drogue en établissant des barrages routiers leur interdisant l’accès des cités interdites aux non-usagers…On peut aussi rêver d’une très utopique opération de tarissement du cannabis à la source, par exemple dans le rif marocain. Mais là on se heurterait à un « niet » radical du gouvernement car on ne peut pas démolir une des principales « industries » du Maroc, un pays du Maghreb qui fait utilement « tampon » entre nous et l’Afrique noire. Cette donnée géostratégique est sans doute à l’origine de l’invraisemblable pataquès actuel. Peut-être faudrait-il demander secours et assistance à Donald Trump qui nous fournirait, lui, les moyens efficaces d’éradiquer le trafic de drogue en France ?

Nicolas Dupont-Aignan Avec l’aide précieuse de José D’ARRIGO.