Coresponsable avec l’UMP et les centristes du renforcement draconien du Pacte de Stabilité en 2012, François Hollande et le Parti socialiste veulent croire que leur politique de rigueur, de toute évidence insuffisante aux yeux des eurocrates, échappera au respect de leurs propres engagements, ratifiés par traité ! En tout cas ils voudraient bien le faire croire. Car l’UE, condamnée à faire respecter ses règles, aussi absurdes soient-elles, sous peine de perdre toute crédibilité, ne l’entend pas de cette oreille. Pas plus que nos partenaires européens qui, dans leur majorité, veulent imposer à la France une politique de rigueur aggravée et seront les vrais décideurs - à la majorité qualifiée inversée (c’est-à-dire qu’il devra se dégager une majorité importante pour empêcher une amende, non pour la décider) – si des sanctions doivent frapper la France en cas de dérapage excessif.

Le président de la République veut donc croire que son budget passera en l’état, mais son refus de rendre publique la lettre que Bruxelles lui a adressée en dit long sur ses doutes, sinon sa fébrilité.

Michel Sapin et Manuel Valls ont multiplié les déclarations martiales ces derniers jours, endossant soudainement le costume improbable de la défense de la souveraineté française : « C’est le parlement qui fait le budget de la France, pas la Commission ! » nous ont-ils assurés, avec le renfort des éternels chiens de garde médiatiques de l’ordre bruxellois, noyant le poisson en affirmant que l’UE n’a pas le pouvoir de bloquer la loi de finance, « seulement » de punir notre pays d’une amende de 2 à 8 milliards d’euros en cas de manquement…

Mais aujourd’hui, même les députés socialistes commencent à se désolidariser du président de la République et du gouvernement, réclamant à grands cris la publicité de cette lettre et martelant la souveraineté budgétaire du Parlement, comme pour s’exonérer du diktat programmé de Bruxelles. Quel spectacle lamentable ce sauve-qui-peut donne-t-il de la majorité et de l’Etat, comme si la France avait besoin d’ajouter le ridicule à l’humiliation !

Alors de deux choses l’une : soit la France plie et elle fera la démonstration, contrairement aux rodomontades des socialistes, qu’elle est bel et bien sous tutelle étrangère. Soit elle s’y refuse, mais elle ne pourra échapper à une amende salée qui dégradera encore ses comptes et sa solidité financière et montrera là aussi qu’elle est sous tutelle…

On le voit, dans les deux cas il va y avoir de la casse. Dans les deux cas une crise sans précédent se profile ! Au moins cette crise aura-t-elle le mérite de faire advenir, face aux Français, le moment de vérité qui, cette fois, ne pourra être plus longtemps ni dénié, ni maquillé, ni une fois de plus différé.

Le PS, autant que l’UMP et leurs alliés respectifs, va ainsi être pris en flagrant délit de bradage aggravé de la souveraineté française, et il ne pourra que s’en prendre à lui-même. Mes collègues socialistes qui poussent aujourd’hui des cris d’orfraie sur la souveraineté budgétaire du Parlement, n’y couperont pas non plus : ils auront à expliquer pourquoi ils ont ratifié le Pacte de stabilité budgétaire renforcé imposé par l’Allemagne et négocié par Nicolas Sarkozy, peu avant son éviction de l’Elysée, un Pacte qui prévoit précisément ce qui est en train de se produire aujourd’hui.

La preuve sera ainsi faite que, non content de nous avoir appauvri, désormais l’euro nous ruine et nous mène tout droit à l’abaissement. Comment, dès lors, continuer de refuser la seule politique de bon sens pour sortir de la crise : en finir avec la monnaie unique et créer une nouvelle monnaie commune, qui rétablira enfin la souveraineté des nations tout en garantissant leur coopération monétaire face au reste du monde ?