(Publié sur http://www.valeursactuelles.com/monde/noublions-pas-les-chretiens-dorient-55494)

Preuve qu'il y a des raisons d'espérer en ce début de XXIe siècle si gorgé de sang, ces minorités ont réussi pendant des siècles à coexister pacifiquement avec l'islam, à l'instar d'autres groupes ethno-religieux restés imperméables à la conquête arabe. Les régimes nationalistes arabes, souvent laïcs, leur avaient même fait parfois une place enviée, dans l'administration ou l'armée. Exemple symbolique : l'ancien ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein, Tarek Aziz, mort l'année dernière en captivité où l'avaient emmené les persécutions des chiites irakiens contre les chrétiens accusés collectivement de collaboration avec l'ancien dictateur.

Car depuis 2003, l'invasion américaine de l'Irak est malheureusement passée par là avec son cortège de vengeances et d'exacerbation des haines interconfessionnelles. Désormais, les chrétiens d'Irak n'ont plus aucun allié, la chute du régime autoritaire de Saddam, un régime certes sanguinaire, ayant signé leur arrêt de mort comme minorité nationale.

Les coptes d'Egypte, dont d'aucuns considèrent qu'ils ont pour lointains aïeux les anciens Egyptiens, sont aussi confrontés à la résurgence de l'intolérance religieuse : eux qui sont les héritiers d'une des toutes premières civilisations chrétiennes, parmi les plus brillantes durant les premiers siècles de notre ère, connaissent de nouveau les attentats à la bombe jusque dans leurs églises. Le régime militaire, qui a heureusement chassé les islamistes de Morsi, affirme les protéger mais sa sincérité comme sa résolution semblent fragiles...

Autre pays comptant beaucoup de chrétiens des origines, la Syrie a su échapper au chaos du djihadisme : pas seulement de Daech, mais aussi de la rébellion, en réalité complètement phagocytée par Al-Qaïda et ses séides. Les chrétiens de Syrie, à l'instar des autres minorités, religieuses ou ethniques qui font face aux sunnites arabes majoritaires, ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : tout dictatorial et féroce qu'il soit, seul le régime de Bachar les laisse en paix et leur garantit de n'avoir pas à faire le faux choix si souvent imposé ces derniers temps à leurs coreligionnaires au Proche-Orient : la conversion, la valise ou le cimetière.

Espérons que la fin de la guerre civile va permettre un retour à une forme de normalité synonyme de fin des violences. Il est vrai que la partie est encore loin d'être gagnée... Mais désormais, après cinq ans d'interminable guerre civile, on peut sérieusement envisager la reconstruction d'une paix où les chrétiens retrouveront toute leur place. Ils sont nombreux - plus d'un million - à avoir fui le pays et à avoir été accueillis ailleurs, notamment en France qui s'est honorée d'ouvrir ses portes à quelques milliers d'entre eux. Ils seront sans doute aussi très nombreux à vouloir regagner un pays, le leur, dont ils n'ont jamais voulu s'exiler.

Cela a été permis par la victoire du régime que l'ensemble de la communauté internationale doit désormais accompagner pour qu'il invente une nouvelle gouvernance et favorise le retour de tant de réfugiés chassés aux quatre coins du Proche-Orient et de l'Europe.

La reconstruction de la région, sa stabilisation durable, sera à ce prix. Un chantier formidable pour la France, dont la politique étrangère depuis une dizaine d'années n'a pas brillé par sa clairvoyance et son courage, c'est le moins qu'on puisse dire...

La réconciliation avec la Russie – autre puissance historique protectrice, avec la France, des chrétiens d'Orient – comme la réaffirmation d'une diplomatie plus autonome vis-à-vis des Etats-Unis et des va-t-en guerre droits-de-l'hommistes de Bruxelles, sont deux priorités absolues que je fixe à notre action extérieure. Ce sera l'un des enjeux majeurs du grand rendez-vous de 2017 !