Une fois de plus le Luxembourg, paradis fiscal entre tous, est le grand bénéficiaire de ce malhonnête tour de passe-passe qui, pour être légal, n'en reste pas moins du vol ! La mondialisation des échanges, notamment financiers, qui constitue l'alpha et l'oméga des eurocrates qui nous gouvernent, est bien entendu en cause. Un système décidément pervers, qui a inventé la banque irresponsable de ses erreurs et le vol légalisé de légitimes recettes fiscales...

Si ce n'est pas la première fois que la France se fait arnaquer de la sorte, s'il existe aussi des systèmes mafieux de fraude à la TVA qui lui coûte très cher et contre lesquels notre pays tarde à prendre les mesures qui s'imposent, le cas Mc Donald mérite qu'on s'y arrête, tant cette enseigne est présente dans la vie quotidienne de millions de Français : des familles, des jeunes en quête d'un job passager ou plus durable et plus généralement dans le paysage urbain et périburbain de la plupart d'entre nous. Disons-le tout net : ce n'est pas parce que Mc Donald's assure l'emploi de plusieurs milliers de nos concitoyens, qu'elle participe à l'animation des quartiers, qu'elle propose une nourriture appréciée par beaucoup (mais rejetée aussi par un certain nombre), qu'elle participe à des programmes d'accès à l'emploi, qu'elle doit se croire permis d'agir de la sorte ! Car sans les millions de consommateurs hexagonaux, les milliards de bénéfices réalisés en France n'existeraient pas, tout simplement.

Il va donc falloir que Mc Donald's renonce d'elle-même à ce système déloyal, à défaut d'être illégal, car en refusant de participer aux charges publiques par le biais de l'impôt, c'est dans la poche des Français qu'elle oblige l'Etat à trouver le manque à gagner correspondant. On ne peut pas d'un côté profiter d'un marché de consommateurs nombreux, solvables, en bonne santé et éduqués, et de l'autre se refuser par appât du gain à contribuer à son existence même. Si vraiment la multinationale américaine persistait dans cette attitude, il faudrait alors que les consommateurs-citoyens se rebiffent et lui fassent sentir leur mécontentement par la grève du Big Mac.

Mais bien sûr, la solution la plus efficace est ailleurs : il faut que l'Etat soit enfin en mesure de faire acquitter par les géants de l'économie et de la finance leurs impôts. Que les multinationales cessent d'y échapper pendant que les PME domestiques le paient plein pot, sans même parler des banques qui privatisent les profits et font passer leurs pertes sur le dos des contribuables en invoquant le « too big to fail ».

Il s'agit tout d'abord d'une question de volonté politique : le précédent des Etats-Unis, où des contrôles draconiens ont été mis en place et où plane la menace de sanctions très dures, le démontre. Il aura suffit que l'Etat fédéral hausse le ton pour que les firmes qui abusent d'optimisation fiscale paient désormais une contribution forfaitaire salée. L'ensemble de nos dirigeants ont-ils cette volonté ? Hélas, rien n'est moins sûr...

Mais, pour indispensable qu'elle soit, la volonté politique au niveau national ne suffira pas. Car l'Union européenne, en l'état actuel, ouvre nos frontières à la fraude et nous interdit de nous en protéger. C'est cela dans un second temps qu'il faudra changer. On ne pourra pas en effet maintenir indéfiniment une liberté de circulation grosse de désordres et d'injustices. Il ne peut pas ainsi exister de coopération à sens unique. L'Europe devra donc s'entendre sur des taux d'imposition plancher, à tout le moins veiller à ce que les impôts soient payés dans les pays où les bénéfices sont réalisés.

La confiance entre partenaires étant une condition de réussite sine qua non de ce difficile chantier, cela implique bien sûr un renouvellement profond des hommes qui sont à la tête de l'UE : comment Jean-Claude Juncker, qui a présidé le Luxembourg au moment de la mise en place de sa législation déloyale et qui a même payé de sa propre personne pour en assurer le service après-vente auprès des patrons de multinationales, pourrait-il être, en tant que président de la Commission de Bruxelles, un négociateur crédible en la matière ?

Quelle qu'elle soit, il faudra bien trouver une vraie solution, rapide, efficace et durable. Car, qu'il s'agisse de Mc Donald's ou de n'importe quelle autre firme, non, décidément, en France ça ne doit plus se passer « comme ça » !