Critiquée sévèrement dès le départ par toutes les instances de contrôle et de surveillance de l'action publique, à commencer par la Cour des comptes qui avait pointé une insuffisance d'au moins dix milliards d'euros dans le prix de cession, cette vente au rabais du patrimoine national a permis à des multinationales avides de faire les poches des Français et d'amputer symétriquement les recettes de l'Etat.

Ce scandale béant, qui s'étale désormais sur toute une décennie, est d'autant plus intolérable qu'il court dans un contexte de marasme économique et de fragilisation sans précédent du pouvoir d'achat des ménages !

C'est pourquoi l'actuelle majorité, emmenée par un Premier ministre qui ne manquait jamais une occasion de revendiquer son volontarisme, s'était fait fort l'année dernière d'y mettre un terme. On allait voir ce qu'on allait voir : refonte du mode de calcul des tarifs, voire renationalisation pure et simple, ainsi que l'avait préconisé à juste titre une mission d'information parlementaire conduite par un député PS.

Las, on a rapidement assisté à une nouvelle reculade de nos gouvernants, qui s'est même transformée en véritable capitulation ! Le député PS a démissionné avec fracas, accusant le gouvernement de l'avoir instrumentalisé pour couvrir un marché de dupes et la croisade de Manuel Valls a rapidement viré au compromis honteux : contre un gel provisoire des tarifs et la promesse de travaux de quelques milliards d'euros la durée des contrats a été prolongée, au grand bénéfice des Vinci et Eiffage.

Un marché de dupes, vraiment, lorsque l'on sait que les travaux d'entretien et de modernisation incombent juridiquement aux concessionnaires, que ceux-ci en font le moins possible et même qu'ils réservent leur exécution à des filiales maison à des prix que d'aucuns jugent surfacturés ! Lorsque l'on sait encore que le taux de rentabilité interne de ces sociétés concessionnaires, seul chiffre permettant d'apprécier leurs excès de tarification, dépasse vraisemblablement toutes les bornes : tenu secret par l'Etat, il avoisinerait les 25%, expliquant des bénéfices faramineux de l'ordre de 15% en 2015 et des dividendes doublés à plus de 3 milliards d'euros !

Mais, comme si cela ne suffisait pas, on apprend aujourd'hui que des clauses secrètes, signées dans le dos de nos concitoyens, prévoient le remboursement du gel des tarifs, majoré d'une prime de "rattrapage pour perte de trésorerie" de... 10%, soit un surplus total de 500 millions d'euros répercuté cash sur les Français.

Au final, non seulement le gouvernement n'aura donc pas corrigé cette scandaleuse anomalie, mais il l'a aggravée. Comme jamais, c'est "par ici la bonne soupe !!"

Enfin, il a déployé une énergie considérable pour cacher aux Français le contenu de ces clauses secrètes si inavouables. Emmanuel Macron, ministre de l'Economie félon au bilan si maigre, n'a ainsi cessé d'entraver la publicité de cet accord, auquel l'autorité indépendante de contrôle du secteur autoroutier (l'Arafer), n'a même pas eu accès. Jusqu'au bout, mis en demeure par la Commission d'accès aux documents administratifs et même la justice, l'ex-ministre a tout fait pour en empêcher la divulgation. Aujourd'hui encore, cette dernière est suspendue à une décision du Conseil d'Etat. Une autre prouesse - après celles de la mise en danger des chantiers STX ou de la quasi-faillite d'Alstom - à mettre au crédit de l'ancien banquier de Rothschild qui prétend maintenant nous vendre sa "Révolution" !

Sur le terrain autoroutier, ce ne sont pourtant pas ses amis d'hier qui iront lui chercher des tickets de péages dans la tête : tandis que Ségolène Royal dénonce des décisions qu'elle a pourtant prises elle-même dans le cadre de ses responsabilités ministérielles, Manuel Valls est totalement muet. Mais, qui sait, après avoir borcardé sa propre action de Premier ministre en matière de recours à l'article 49.3, peut-être va-t-il soudainement récuser une politique autoroutière irresponsable... la sienne ? !

Les Français n'en peuvent plus de ces simagrées indignes et de ce copinage éhonté avec ces nouveaux grands féodaux qui ressuscitent l'un des pires aspects de l'Ancien régime, les barrières d'octroi à privilège : ils exigent une renationalisation complète, qui est et demeure depuis le départ l'unique solution digne et juste à cette incroyable spoliation. C'est la solution que je préconise depuis 2006, avec l'instauration par ailleurs d'une gratuité promise depuis toujours mais jamais mise en œuvre.

Ainsi, cette renationalisation sera une bonne affaire pour la collectivité car elle s'effectuera au prix de vente de l'époque, corrigé à la baisse des bénéfices réalisés et à la hausse des investissements engagés. Une fois la somme amortie par les recettes des péages, en quelques années seulement, la gratuité entrera en vigueur.

2017 sera aussi le rendez-vous de la restitution aux Français de ce bien commun vital pour l'avenir du pays. Sous les couleurs de Debout la France, je m'y engage.