1. Selon E. Philippe, « Tout le monde sera gagnant » avec sa réforme alors qu’en réalité, l’essentiel des retraités seront perdants !



Au 20H de TF1 du 11 décembre 2019, Edouard Philippe a promis que « tout le monde » serait gagnant avec sa réforme de retraite, ce qui est arithmétiquement impossible.



En effet, si le nombre de retraités augmente mais que la part de richesse nationale (PIB) consacrée aux retraites n’augmente pas, il est impossible de donner plus à certaines sans retirer des droits à d’autres.



Or, d’après le gouvernement lui-même, le rapport entre le nombre d’actifs et les retraités entre 2019 et 2050 va passer d’environ 1.7 à 1.3, soit une hausse des retraités par rapport aux actifs de 23%.



En revanche, la part du PIB consacrée aux retraites va baisser de 14% en 2020 à 12.9% en 2050



Aussi, pour maintenir le pouvoir d’achat des retraités, il faudrait sur les 30 prochaines années que la hausse du PIB particulièrement dynamique, entre 1,5% et 1,8% par an.



En réalité, la réforme organise la paupérisation des retraités.



C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement supprime la prise en compte des 25 meilleures années dans le privé et des six derniers mois dans le public. Ce système permettait de valoriser les pensions de retraite à la hausse en écartant les périodes difficiles ou précaires. En prenant en compte toute la carrière, y compris les mauvaises périodes, la pension va automatiquement chuter !



Ainsi, les pensions vont baisser en moyenne de 10 à 20% selon les professions et les carrières pour un départ à la retraite avant 64 ans. En effet, le gouvernement utilise la nouvelle notion d’âge pivot pour embrouiller les Français.



En créant « l’âge pivot », le gouvernement va imposer un malus à ceux qui partent entre 62 et 64 ans. La retraite réelle des Français baissera car une majorité de séniors a déjà du mal à garder un emploi jusqu’à 62 ans !



L’âge pivot est d’ailleurs la raison pour laquelle même les syndicats « réformistes » comme la CFDT ont appelé à la grève car le coup porté au pouvoir d’achat des retraités est énorme !



2. Un régime universel ? Non, un régime spécial pour les plus hauts revenus !



Le gouvernement prétend fusionner les 42 régimes pour en créer un seul régime universel En vérité : E. Macron crée un régime pour les très hauts revenus qui alimenteront les fonds de pension privés, en particulier américains.



La réforme diminue de 60% le seuil maximum de revenus soumis aux cotisations retraites. Autrement dit, les salaires supérieurs à 120 000 euros ne paieront plus 28.12% de cotisation mais une simple contribution de 2.81% au-dessus de ce plafond.



Les 300 000 plus hauts revenus ne contribueront donc pas comme les autres Français, soit une perte de recettes 3 milliards d’euros de cotisation par an pour le régime général. Et après, le gouvernement prétend réduire le déficit ?



Les plus hauts revenus pourront donc se tourner vers des fonds de pension, bien plus rentables pour ceux qui ont les moyens financiers pour optimiser leurs placements.



Comme par hasard, la loi PACTE du 22 mai 2019 a autorisé les fonds de pension étrangers, en particulier le fonds américain BlackRock, à gérer l’épargne par capitalisation en France.



Le patron de BlackRock a d’ailleurs déclaré que cette réforme constituait « une amélioration du système d’épargne retraite volontaire ». Pourquoi un patron américain intervient-il dans le débat français s’il n’y a un intérêt pour lui ?



En réalité, après la suppression sans condition de l’ISF ou la baisse de « flat tax » sur la finance, Emmanuel Macron a créé un régime spécial pour les plus favorisés !



3. Un régime plus simple à comprendre ? Non, une énième usine à gaz !



Depuis deux ans, le projet du gouvernement est cacophonique, affirmant tout et son contraire.



En août 2019, Emmanuel Macron avait indiqué qu’il souhaitait "un accord sur la durée de cotisation, plutôt qu'un accord sur l'âge" pour finalement soutenir la création d’un « âge pivot » à 64 ans.



Finalement, cet « âge pivot » est devenu un « âge d’équilibre »…



Lors de la présentation de la réforme le mercredi 11 décembre 2019, Edouard Philippe annonce la fin des régime spéciaux…le lendemain, les policiers obtiennent de vagues promesses sur le maintien de leur départ précoce en retraite, bien compréhensible du fait de la dangerosité de leur métier !



En réalité, le gouvernement a promis l’égalité entre tous les Français mais ne cesse de recréer des exceptions toutes plus compliquées les unes que les autres, pour avoir l’air de céder sur la forme mais en mettant des clauses techniques pour ne pas financer ces droits.

DLF a toujours soutenu un projet de réforme des retraites clair et transparent. Il faut que chaque Français ait les mêmes droits, notamment en reconnaissant la pénibilité. Ainsi tous les métiers difficiles (ouvriers, policiers, personnels soignants, vrais cheminots, BTP, pompiers, militaires, etc.) auront les mêmes avantages basés sur des faits objectifs.

4. Le jeu de dupe sur les 62 ans pour partir à la retraite.



Dans son programme présidentiel, E. Macron avait promis de maintenir l’âge de départ à la retraite à 62 ans.



Il prétend maintenir la possibilité de partir à 62 ans mais c’est un mensonge par rapport à ses engagements car la pension de retraite diminuera drastiquement d’au moins 10% (avec un âge d’équilibre de 64 ans, soit 5% par an). Qui peut prétendre que l’âge de départ n’est pas changé si le prix à payer est 10% de sa pension ?



La création d’un « âge d’équilibre » signifie en réalité un allongement du temps de travail qui pourra s’aggraver au fil du temps dans le dos des Français.



Ainsi, les « cas-type » présentés par le gouvernement dans son étude d’impact sur la loi sur la réforme des retraites sont TOUS basés sur un âge d’équilibre de 65 ans ! Selon Libération, l’âge d’équilibre pour les jeunes nés en 1990 sera même de 67 ans.



5. L’arnaque de la retraite minimum de 1000€ pour tous, en particulier pour les carrières au SMIC, les agriculteurs ou les « carrières heurtées »



Selon les simulations du gouvernement communiquées dans le rapport Delevoye et l’étude d’impact, le système actuel est parfois meilleur pour les personnes ayant effectué leur carrière en étant salariées au SMIC.



Ainsi pour les générations nées entre 1975 et 1989, la pension de retraite pour un départ avant 65 ans est meilleure dans le système actuel !



Pour les personnes nées entre 1990 et 2003, le système est meilleur jusqu’à un départ à 64 ans.



Avec la réforme, la retraite à 64 ans en 2044 d’une personne au SMIC sera aussi de… 1065€ ! Il n’y a donc strictement aucun progrès social pour les personnes modestes.



En revanche, le système actuel garantit pour les smicards qui partent à 62 ans une retraite de 926€ euros en 2020, contre 881€ pour la réforme Macron à partir de 2042.



Les pensions vont donc diminuer pour les revenus supérieurs au SMIC entre 10 et 20% sans augmenter pour les plus modestes, qui devront au contraire travailler deux ans de plus jusqu’à 64 ans pour obtenir 1000€.



DLF propose au contraire de garantir un minimum de pension de 1000€ pour une personne qui a travaillé jusqu’à 62 ans.



Le gouvernement joue beaucoup sur sa promesse de garantir 1000€ pour tous les Français qui ont eu « une carrière complète ». Les Français sont naturellement solidaires des agriculteurs et des femmes par exemple, qui ont souvent des retraites indignes par rapport à leur contribution réelle à notre société.



D’une part, il faut bien comprendre ce que signifie une « carrière complète ». D’après le rapport Delevoye, il s’agit au moins de travailler jusqu’à 64 ans, mais certaines simulations communiquées par le gouvernement indiquent même des carrières de 66 ans pour les femmes à temps partiel.



Par ailleurs, il existe déjà un revenu minimum garanti aux retraités, l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA).



Or, avec l’inflation, l’ASPA atteindra déjà les 1000€ entre 2025 et 2026, soit exactement l’année d’application de cette promesse d’Emmanuel Macron. Une belle arnaque de pure communication !



6. Réduire les injustices envers les femmes ? L’hypocrisie du gouvernement !



Les pensions des femmes sont aujourd’hui 42% inférieures à celles des hommes, une injustice intolérable car cela ne reflète pas la contribution réelle des Françaises à la richesse nationale, elles qui assument l’essentiel des tâches familiales au détriment de leur carrière professionnelle.



De nombreuses femmes travaillent aussi auprès de leur conjoint sans disposer de revenus équivalents à leur travail (conjointes d’artisans, de commerçants, d’agriculteurs, etc.).



Or, la première cause de cette différence est la moindre rémunération des femmes, de l’ordre de 23.7% pour l’ensemble des carrières, y compris avec les écarts de temps de travail – écarts qui correspondent néanmoins très souvent à des obligations familiales pour le ménage.



Le Gouvernement prend-il des mesures contre ces écarts ? Non. 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 1,7% d'inflation (2021-2017) 803 € 833 € 868 € 903 € 918 € 934 € 950 € 966 € 982 € 999 € 1 016 € 2% d'inflation (2021-2017) 803 € 833 € 868 € 903 € 921 € 939 € 958 € 977 € 997 € 1 017 € 1 037 € Trajectoire naturel de l'ASPA

Le Gouvernement va-t-il reconnaître le travail des conjointes d’artisans, commerçants, agriculteurs ? Non.

L’autre cause des faibles retraites des femmes est la difficulté à atteindre une carrière complète pour les mêmes raisons, ce qui pénalise d’autant plus leur pension.



Le système actuel tente de limiter cette difficulté en accordant 8 trimestres à chaque femme par enfant, ce qui permet de rattraper les carrières incomplètes.



Or, le gouvernement supprime ces 8 trimestres par enfant ainsi que le bonus de 10% de pension offerts à partir du 3ème enfant pour le remplacer par un simple bonus de 5% par enfant et 2% supplémentaire à partir du 3ème enfant.



Il prévoit que 2.5% seront d’emblée attribués aux femmes et que les 2.5% restant seront au choix du ménage, attribués à la femme ou l’homme. Or, comme les salaires des hommes restent de fait plus élevés faut d’action du gouvernement, les familles seront incitées à attribuer ces bonus aux hommes. Au final les pensions des femmes ne s’amélioreront pas. Pire, en cas de divorce, elles seront spoliées.



Au final, l’Institut de Protection Sociale a calculé que les femmes seraient bel et bien perdantes, avec une baisse de pension de -9% pour les femmes avec 1 enfant et -20% avec trois enfants.



7. Le gouvernement poursuit la destruction de la politique familiale française qui devrait au contraire garantir le financement des retraites !



Alors que la natalité est une clé du financement du système des retraites, puisque les jeunes générations actives financent les retraites de ceux qui ont travaillé auparavant, et ainsi de suite, le gouvernement poursuit la destruction de la politique familiale française qui avait permis à notre pays d’être le rare pays occidental à garder un taux de natalité autour de 2 enfants par femme.



Comme vu au point précédent, l’Institut de Protection Sociale a calculé que les mères d’un enfant perdraient 9% de pension, 15% pour deux enfants, 20% pour trois enfants et ainsi de suite.



8. La fausse garantie du point par les partenaires sociaux.



Edouard Philippe tente d’amadouer les syndicats en leur confiant la responsabilité de la valeur du point, c’est-à-dire le niveau des pensions de retraite.



Or, tous les syndicats ont compris qu’ils ne contrôleraient rien mais serviraient de boucsémissaires si les retraites devaient baisser.



En effet, si le gouvernement décide de baisser les ressources des retraites –par exemple, en élargissant les avantages pour les plus hauts revenus comme il vient de le faire- ou en menant une politique économique stupide qui crée du chômage et baisse les ressources des retraites, les partenaires sociaux seront contraints de baisser le point même s’ils ne le veulent pas !



C’est d’ailleurs exactement ce qu’il s’est passé en Suède après la crise économique de 2008. Le point a été baissé deux fois car le gouvernement n’attribuait pas les ressources financières nécessaires pour maintenir le pouvoir d’achat des retraités. En 2010, les pensions ont baissé d’un seul coup de 6% et en 2014 de 2%.



Pire encore, ce sera le Parlement qui aura de toute façon le dernier mot, les partenaires sociaux ne seront donc là que pour le symbole.



9. Le gouvernement manipule la gravité du déficit



Le 21 novembre 2019, le Conseil d’Orientation des Retraites a publié une étude estimant le déficit des retraites entre 8 et 16 milliards d’euros en 2025.



Bien sûr, ce chiffre cherche à faire peur aux Français, mais il faut le remettre en perspective car le versement total des retraites est aujourd’hui de 320 milliards d’euros et sera de 350 milliards en 2025.



Surtout, ce déficit pourrait tout à fait être comblé par une meilleure gestion du système des retraites avec des ressources dont le gouvernement ne parle jamais :



- Les 10 à 15 milliards de fraude à la Sécurité sociale par an, en particulier les fausses pensions de retraite. Le travail du magistrat Charles Prats puis du rapport parlementaire de Nathalie Goulet ont identifié des milliers de faux retraités qui touchent des pensions à l’étranger ainsi que 1.8 millions de fausses cartes vitales.



- Des économies sur l’ASPA versée aux étrangers qui n’ont jamais cotisé un seul centime en France s’ils vivent sur le territoire depuis 10 ans ! Un étranger de 65 ans qui n’a jamais travaillé en France peut toucher autant qu’un travailleur français pauvre !



- Le paiement des cotisations par les travailleurs détachés étrangers ou leur remplacement par des travailleurs français (900 millions d’euros)



Par ailleurs, le système des retraites avait anticipé les difficultés démographiques de la France qui expliquent ce déficit en prévoyant des réserves financières qui se montent à 137 milliards d’euros en 2019.



C’était une anticipation de bon sens ! Bien sûr, il faut utiliser cet argent avec sagesse et ne pas financer des cadeaux irresponsables avec, mais ces réserves doivent cependant servir à équilibrer le système !



Enfin, à partir de 2024, le gouvernement disposera d’une ressource fiscale de 24 milliards d’euros par an.



En effet depuis 1995, les contribuables paient la CRDS (0.5% des revenus) et une part de CSG qui sont reversées à la CADES (la caisse d’Amortissement de la dette sociale), un organisme créé pour amortir la dette sociale accumulée depuis trente ans.



En 2024, cette dette sociale sera remboursée. Les recettes de la CADES seront donc à disposition. Une partie doit revenir aux Français par des baisses d’impôts mais pourquoi ne pas utiliser une partie de la somme pour équilibrer aussi le régime des retraites ?



10. Le gouvernement ne parle jamais de la création d’emplois et de richesse qui sont pourtant les clés du financement des retraites!



Depuis 30 ans, les gouvernements ont affaibli l’économie et installé le chômage de masse. Ils sont responsables de la destruction de richesse qui affaibli notre système social et accuse les Français de leurs propres incompétences.



Le gouvernement continue d’ignorer que la réindustrialisation de notre pays est le seul moyen de sortir de la crise permanente. C’est d’autant plus absurde que la réforme des retraites vise le long-terme, période qui permettrait d’organiser la valorisation du « fabriqué en France ».



500 000 emplois industriels ont été détruits en dix ans en France contrairement à d’autres pays industriels comme l’Allemagne, la Suisse, le Japon, la Corée qui ont su défendre l’industrie. Or chaque emploi industriel induit la création de 1.5 à 3 emplois grâce à la richesse produite.



Ces 500 000 emplois industriels représentent à eux seuls au moins 5 milliards d’euros de cotisation retraite par an. Il est possible de faire revenir ces emplois et d’en créer de nouveaux grâce à une vraie politique favorisant le « fabriqué en France ».



Quant aux emplois induits, ils représenteraient 7 à 10 milliards d’euros de cotisations.