Du 30 septembre 1938 au 30 septembre 2018. Il y a 80 ans, « l’élite », « les gens qui savent » et les « humanistes » venaient d’éviter le pire et le pire, c’est la guerre. Il y a 80 ans, ces « humanistes » avaient triomphé des dangereux nationalistes qui voulaient déclarer la guerre à l’Allemagne. Il y a 80 ans, jour pour jour, le gouvernement soutenu par l’immense majorité des députés votait les accords de Munich. Deux députés seulement ont eu le courage de voter contre ces accords. Je souhaite vous parler de l’exemple du plus éminent de ces amoureux de la France. Henri de Kérillis n’avait cessé de mettre en garde contre le réarmement allemand au cours des années 1930 et était régulièrement accusé à l’époque de propager des fausses nouvelles. Il n’y avait pas encore de loi Fake news mais la presse de l’époque lui reprochait constamment d’agiter les peurs et d’inventer un danger allemand imaginaire. Comme il n’était pas pacifiste et se méfiait de l’invasion étrangère, il était brocardé comme nationaliste et d’extrême-droite. Malgré les insultes et la solitude dans le petit milieu politique, Henri de Kérillis a poursuivi le combat et voté contre les accords de Munich du 30 septembre 1938. Contrairement aux communistes, il n’a pas voté non en 1938 pour ensuite prôner le défaitisme révolutionnaire en 1939 après le pacte germano-soviétique. Henri de Kérillis rejoindra la France libre le 18 juin 1940 quand ceux qui le traitaient de fasciste rejoindront Vichy pour se mettre au service de l’occupant… Henri de Kérillis était quasiment seul au Parlement mais il n’était pas seul dans le pays. Selon un sondage de septembre 1938, seuls 57% des Français souhaitaient la paix avec l’Allemagne, contre plus de 90% des députés, et il y a fort à parier qu’avec une vraie campagne les Français auraient choisi la voie de l’honneur et aussi de leur intérêt bien compris en attaquant l’Allemagne dès 1938. Selon un autre sondage, en mars 1939, 70% des Français voulaient que la France déclare la guerre à l’Allemagne pour défendre la Tchécoslovaquie de l’annexion allemande imminente. Mais les élites autoproclamées de l’époque n’avaient pas cédé au « populisme » et au « nationalisme », car « le nationalisme c’est la guerre ». Elles avaient choisi la voie « raisonnable » de la soumission. Oui, Henri de Kérillis était seul dans petit milieu politique mais de nombreux Français se reconnaissaient dans son combat. Avec le courage, c’est une autre leçon pour les amoureux de la France : nous ne devons pas confondre les sentiments d’une caste dirigeante aussi inapte qu’arrogante avec la volonté de la majorité des Français. La troisième leçon que nous enseigne Henri de Kérillis est le rassemblement au-delà des désaccords partisans mineurs face aux enjeux qui menacent notre pays. «Avant toutes mes préférences idéologiques, il y a la France... Ne plus placer la France au-dessus de tout, voilà la décadence ! » Ces mots prononcés à la veille de la Seconde guerre mondiale nous parlent encore, car ils expriment le sentiment profond de ceux qui aiment notre pays. Je rends aujourd’hui hommage à Henri de Kérillis, qui s’est opposé au Général de Gaulle à la fin de sa vie. Le soit disant fasciste Kérillis (selon les bien pensants des années 1930) craignait même un régime présidentiel tant il était attaché aux libertés publiques… Et son opposition résulte largement du décès de son fils dans la Résistance, qu’il reprochait au Général ; c’est un reproche injuste mais qui peut juger la douleur d’un père qui a perdu un de ses enfants ? Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que le rassemblement des amoureux de la France exige que nous placions notre pays au-dessus des vieilles querelles et ses oppositions accessoires. C’est justement parce que je suis gaulliste que je veux rendre hommage à un homme qui a pu s’opposer au Général mais était d’accord avec lui sur l’essentiel : l’honneur de la France.