Selon l’Opinion, la France a informé nos alliés de l’OTAN et le secrétaire général Jens Stoltenberg que notre Marine Nationale suspendait sa participation à l’opération commune « Sea Guardian » qui, entre autres tâches, veille à la sécurité des eaux méditerranéennes, en particulier face à la guerre civile en Libye.

Enfin ! Le gouvernement français réagit concrètement face aux agissements belliqueux, intolérables et répétés de la Turquie qui n’a pas hésité à provoquer un grave incident naval, le 10 juin, entre la frégate française Courbet et la frégate turque Oruçreis. Hélas, l’OTAN sombre une fois encore dans l’hypocrisie et la lâcheté en ménageant la Turquie au détriment de la France.

En choisissant de fait de soutenir un acte agressif de la Turquie contre la France, les pseudos « alliés » de l’OTAN montrent qu’ils cèdent systématiquement à tous les caprices d’Erdogan et de sa tyrannie islamiste alors qu’il est désormais évident que ce régime agit non seulement contre la France mais aussi contre la paix en Méditerranée et en Europe.

Après avoir tergiversé pendant des mois, Emmanuel Macron a publiquement reconnu les atteintes de M. Erdogan à nos intérêts vitaux que je dénonçais depuis le début. Le Président de la République a décrit par le menu la « responsabilité historique et criminelle de la Turquie, qui prétend être membre de l’Otan », tout en agissant contre nous dans les faits.

Après avoir soutenu les terroristes islamistes en Syrie et attaqué nos courageux alliés laïcs kurdes dans l’indifférence des gouvernements occidentaux, M. Erdogan envoie désormais ses milices islamistes en Libye, et fournit massivement des armes clandestines tout en déployant sa flotte. Au mépris des efforts diplomatiques de l’ONU et du moratoire sur la vente d’armes aux belligérants de la guerre civile, M. Erdogan soutient le gouvernement de Tripoli et les groupes islamistes qui portent à bout de bras ce régime corrompu.

M. Erdogan est passé maître dans des politiques alliant la défense des intérêts stratégiques turcs et de l’extension de l’islamisme proche des « frères musulmans » qui ont failli prendre le contrôle du Moyen Orient après le « Printemps Arabe », en particulier en Egypte, en Syrie et en Tunisie.

Depuis le renversement irresponsable du régime par l’OTAN en 2011, la Libye est en guerre civile permanente. Pour simplifier les choses, le régime installé à Tripoli et reconnu par l’ONU sous l’influence des Etats-Unis et des membres de l’OTAN a toujours été soupçonné à la botte des islamistes. Le soutien actif de la Turquie d’Erdogan à ce régime fantoche a démontré que l’influence islamiste état bel et bien réelle. En face, le régime du Maréchal Haftar est soutenu par l’Egypte, les Emirats-Arabes-Unis et la Russie. S’il est loin d’être parfait, ce régime lutte avant tout contre l’influence des Frères musulmans et des islamistes.

En échange de la fourniture d’armes, du soutien des milices et du gouvernement turc, Erdogan a obtenu de Tripoli des concessions scandaleuses et illégales pour exploiter de potentiels gisements d’hydrocarbures au large des côtes libyennes, dans des zones revendiquées par nos amis grecs et chypriotes. Cet acte est à l’image d’un régime turc qui, rappelons-le, occupe militairement 40% du territoire de Chypre depuis 1974 tout en prétendant vouloir devenir un membre de l’Union Européenne !

Erdogan souhaite élargir son influence. Après la Libye, il cherchera à déstabiliser la Tunisie voisine et ainsi de suite. Néanmoins, on ne peut croire qu’Erdogan soit autre chose qu’un monstre froid et réaliste. Il sait bien que son pays n’a pas les moyens militaires et financiers de se payer un nouvel Empire.

Ainsi, le véritable objectif d’Erdogan est ailleurs : il veut tout simplement amplifier son emprise sur l’Europe et les moyens de chantage que ses atouts lui donnent contre des dirigeants européens aussi faibles qu’à la conférence de Munich qui avait tout cédé à Hitler par peur de la guerre. Plus Erdogan effraie les dirigeants européens, plus ces dirigeants européens le paieront. Il ne s’agit ni plus ni moins que le versement de « tributs », forme de rançon que les conquérants exigeaient des peuples fainéants pour ne pas les envahir… jusqu’au jour où l’invasion finissait quand même par arriver !

En entretenant la guerre civile en Syrie et l’Etat Islamique tout en contrôlant l’immense route migratoire de l’Orient vers l’Europe, Erdogan a obtenu un moyen de pression vital sur les pays européens. En prenant le contrôle de facto sur les eaux et le territoire libyens, il cherche à contrôler la deuxième voie principale, celle menant les migrants d’Afrique vers l’Italie.

Pourquoi M. Erdogan arrêterait-il une politique qui, jusqu’à présent, lui a apporté tout ce qu’il voulait ? La Turquie avait misé sur la lâcheté des gouvernements européens et elle avait malheureusement raison. Face au chantage migratoire et au terrorisme islamique, les pays européens ont attribué des milliards d’euros de subventions à la Turquie, ont poursuivi le libre-échange et le tourisme de masse tout en allégeant les politiques de visa pour les ressortissants turcs !

Le comportement des pays européens est d’autant plus intolérable que M. Erdogan a démontré qu’on ne pouvait avoir aucune confiance en lui. Ainsi, pour s’assurer de la passivité de l’Union Européenne pendant que l’armée turque massacrait nos alliés kurdes pour soutenir les terroristes syriens, M. Erdogan a ouvert les frontières de la Turquie avec l’Europe face à la Grèce qui, une fois encore, a fait face avec courage à la soumission des autres gouvernements européens. Non seulement la Turquie laissait passer les migrants vers l’Europe, mais elle organisait leurs déplacements !

La cause profonde de cette soumission réside dans l’éternelle paranoïa des membres de l’OTAN envers la Russie. Obsédés par la Russie présentée en permanence comme le diable incarné, les Etats-Unis et ses alliés de l’OTAN sont prêts à toutes les compromissions, y compris les plus suicidaires. Erdogan joue ainsi un double-jeu permanent, obtenant tout ce qu’il veut des Américains, de l’Allemagne et pendant trop longtemps, de la France. Depuis quelques mois, Emmanuel Macron semble s’être réveillé devant ce désastre sans beaucoup de conséquences autres que verbales. Mais c’est peut-être un début !

Il est grand temps d’ouvrir des discussions de fond avec la Russie qui n’a aucun intérêt à épuiser ses ressources dans une politique impérialiste. Contrairement à ce que raconte la propagande du système à longueur de journée, Debout la France a parfaitement conscience que la Russie défend ses seuls intérêts. En revanche, il est évident que la France et la Russie peuvent avoir des intérêts communs, en particulier la lutte contre l’islamisme et le retour de la paix au Proche et Moyen-Orient. Faut-il rappeler que ce sont les guerres occidentales en Irak, Syrie et Libye qui ont causé le chaos actuel et non l’intervention russe face à DAESH !

Les Français et les Françaises n’étaient pas dupes des mensonges de l’OTAN pour envahir l’Irak et savent très bien ce qu’il s’est passé dans la région depuis 20 ans… Une chose est sûre : des relations pacifiées avec la Russie priveront le tyran Erdogan de son principal atout stratégique.

Deuxième évidence, il est grand temps que la France rappelle que nous sommes une grande puissance et que la Turquie n’est qu’une baudruche gonflée aux subventions et au commerce européens. Il est invraisemblable qu’Erdogan ait réussi à faire croire que c’était l’Europe qui était dépendante de la Turquie et non l’inverse ! Le budget de la défense turque est de 18 milliards d’euros contre 50 milliards pour la France.

L’Union Européenne a versé près de 10 milliards d’euros à la Turquie depuis 2014, dont au moins 2 milliards ont été apportés par les impôts des Français ! 50% des exportations turques dépendent des consommateurs européens et la Turquie jouissait d’un excédent commercial de 2 milliards d’euros en France en 2018. Or la Turquie souffre d’un lourd déficit commercial structurel qui rend d’autant plus sensible sa dépendance envers la France et l’Europe… Sans parler des 24 milliards d’euros de recettes touristiques dont dépend la Turquie. Sans l’Europe, la prospérité économique turque s’effondrera et le peuple turc renverra Erdogan à la poubelle de l’Histoire. Rappelons d’ailleurs que la popularité d’Erdogan dans son propre pays ne tient plus qu’à un fil. Son régime tient plus de la tyrannie que de la démocratie.

Aussi, Debout la France demande qu’Emmanuel Macron cesse de payer un centime à l’Union Européenne tant que les subventions, prêts et autres aides financières versés la Turquie ne sont pas suspendus. Nous exigeons aussi la suspension des facilités commerciales avec la Turquie et un véritable embargo ainsi, évidemment, que le rétablissement de visas aux conditions strictes pour les ressortissants turcs en Europe. Enfin, les pays européens doivent envoyer nos armées et nos flottes à la frontière turque pour remettre M. Erdogan à sa place.

La France et l’Europe ne peuvent plus tolérer de financer un régime turc qui nous insulte en permanence, nous menace et occupe militairement nos amis chypriotes.

Enfin, cette crise est un moment de vérité pour l’OTAN et le couple franco-allemand. En 2007, je me suis opposé de toutes mes forces à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN qu’avait quitté le Général de Gaulle. Le système nous promettait alors plus d’influence… on voit le brillant résultat de cette soumission aux intérêts américains.

Si l’OTAN n’est même pas capable de défendre la France et ses alliés européens contre les agressions permanentes de la Turquie, alors la France n’a plus rien à y faire ! En 1952, c’était la Turquie kémaliste, championne de la laïcité qui rejoignait l’OTAN. Aujourd’hui, la Turquie est dans les mains d’un régime islamiste impérialiste qui rêve de rétablir l’Empire Ottoman et une nouvelle forme de califat méditerranéen !

Quant à l’Allemagne, je constate une fois encore qu’elle ne défend jamais la France. Rappelons qu’en 2015, Angela Merkel avait négocié seule les subventions que l’Europe verserait à Erdogan sans se soucier de l’avis des Français. On connait les liens historiques et démographiques de l’Allemagne avec la Turquie. L’Allemagne vend-elle son âme à Erdogan car elle réalise un excédent commercial de 4 milliards d’euros en Turquie ?

La France doit mettre Angela Merkel devant ses responsabilités et exiger un soutien clair. Si Berlin préfère le califat ottoman à la République française, alors le gouvernement allemand doit nous le dire franchement…

Quand on pense qu’Emmanuel Macron s’est engagé à consulter l’Allemagne pour définir la position de la France à l’ONU et partager dans l’esprit notre siège permanent au Conseil de Sécurité, on réalise à quel point nos dirigeants vivent dans un monde parallèle pendant que nos voisins font de la Realpolitik.

La soumission et la faiblesse des dirigeants européens envers la Turquie ne peut mener que vers une catastrophe militaire et humanitaire. La Turquie multipliera les agressions et les hostilités envers la France et ses alliés tant qu’on ne mettra pas un coup d’arrêt violent à ce nouvel impérialisme islamiste. Assez de lâcheté, il faut agir avant qu’il ne soit trop tard pour sauver la paix.

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout La France, Député de l'Essonne.